Arts visuels chez Youth Fusion

Qui nous sommes, ce que nous faisons et ce que nous voulons

par Thibault Zimmer

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Thibault Zimmer

Étudiant à la Maîtrise en Éducation artistique Université Concordia

Biographie

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    Dans cet article, je vous présente un compte rendu personnel de mes expériences d’enseignement auprès de jeunes du secteur de l’éducation publique à Montréal à travers un projet supporté par Fusion Jeunesse favorisant une approche communautaire de la pédagogie et de l’enseignement. Cet article cherche à illustrer comment il est possible de favoriser diverses approches pédagogiques et projets communautaires au sein des écoles québécoises.

    Favoriser les partenariats pour créer des opportunités

    J’ai toujours été fasciné par les arts. Plus précisément, je suis à la recherche de moyens efficaces pour enseigner les arts de façon différente dans nos écoles. En tant que diplômé en éducation artistique et coordonnateur de projets en arts, j’ai été amené à apprendre, à désapprendre et à remettre en question diverses approches pédagogiques. Dans la société actuelle, je suis convaincu que l’enseignement des arts bénéficie amplement de l’intégration d’interventions artistiques orchestrées par des organismes à but non lucratif et diverses institutions culturelles. En outre, les praticiens de l’art communautaire travaillant pour ces organisations sont en mesure de mettre en œuvre de nouvelles stratégies et méthodes d’enseignement en plus de promouvoir des projets qui créent des liens, stimulent la créativité et mettent en valeur les réelles capacités de nos jeunes.

    En tant que coordonnateur de projets artistiques pour Fusion Jeunesse, mon but est d’aider mes élèves à découvrir un monde de possibilités par le biais des arts. Essentiellement, mes élèves ont des difficultés d’apprentissage qui les empêchent de réussir dans le programme d’apprentissage scolaire classique. Personnellement, je vois en mes élèves le désir et la capacité d’être créatifs, mais pour atteindre et déclencher cette créativité, il nous faut enseigner les arts visuels en utilisant des méthodes alternatives. En vérité, mon travail est passionnant parce que mes élèves sont tous différents les uns des autres. Je me dois donc d’ajuster mes méthodes d’enseignement en favorisant une approche socioconstructiviste auprès de chaque élève. Mon travail peut aussi être très difficile parce qu’avec mes collègues, nous sommes peut-être la dernière chance pour certains de ces jeunes de trouver un semblant de réussite scolaire avant de quitter l’école.

    À travers mes expériences, j’ai essentiellement adapté ma programmation en fonction des besoins de chaque élève. Selon Stinson (2009), les programmes culturels d’art collaboratifs pour les jeunes à risque ont démontré leur efficacité dans l’augmentation de certaines compétences, attitudes et comportements positifs, tout en décourageant par le fait même les comportements délinquants. Ce faisant, je pense aux collaborations avec plusieurs artistes qui m’ont aidé dans mes efforts à jouer un rôle fondamental dans les apprentissages de mes élèves. C’est au travers des partenariats significatifs avec des artistes et différentes entités communautaires que mes élèves se sont épanouis et qu’ils ont pu réaliser de véritables œuvres d’arts visuels. L’une de mes plus belles réussites avec Fusion Jeunesse a été l’exposition de nos œuvres au Musée des Beaux-Arts. Cette fructueuse collaboration avec le Musée des Beaux-Arts a permis à mes élèves de se donner une nouvelle série d’objectifs personnels. Cela a aussi permis à notre programme de redéfinir ses propres limites créatives. De ce fait, les élèves ont été en mesure d’annoncer fièrement l’événement à leur famille, à leurs pairs et à la communauté en général. Cela a entrainé chez les élèves de nouvelles formes de respect face au rôle des arts.

    Le projet Cœur

    Durant l’année scolaire 2015 – 2016, mes élèves et moi avons saisi l’occasion de collaborer avec le Musée des beaux-arts de Montréal. Le thème du projet, le cœur, nous a permis d’explorer de façon constructiviste et sociale, la définition même du mot, ainsi que ce qu’il signifie réellement pour nous. Nous avons cherché à trouver le sens que le mot cœur avait pour nous à travers des sessions de réflexions collectives suivies d’une variété d’ateliers de création où nous avons utilisé des médiums alternatifs. Les élèves ont progressivement affiné leur compréhension du mot cœur au fil des semaines. Leurs œuvres sont devenues plus matures à la lumière de leurs connaissances artistiques et à travers leur rôle individuel au sein d’une communauté d’apprentissage.

    En conséquence, les élèves ont été amenés à participer à un partenariat avec le Musée des Beaux-Arts de Montréal et, plus particulièrement avec le projet EducArt (Thuot-Dubé et Deveault, 2015). Cette plate-forme numérique novatrice, accessible à distance aux enseignants, nous a permis d’intégrer aux collections du Musée, les œuvres des élèves et leurs commentaires appréciatifs. Le projet a suscité beaucoup de curiosité et par la même occasion, a incité les élèves à approfondir leurs propres connaissances artistiques. À la fin des travaux, les élèves impliqués dans le projet ont pu faire partie d’une exposition officielle au Musée. Ce projet s’est avéré une célébration de l’art et du processus de recherche qui l’accompagne. Les élèves qui, au final, se sont distingués en tant qu’artistes ont grandi à travers cette expérience de création dans le contexte scolaire. Certains ont mentionné qu’ils se sentaient maintenant investis par certaines responsabilités et qu’ils désiraient inspirer les autres à prendre part à un tel processus.

    Faire la différence avec la pédagogie par projet

    En travaillant avec différents élèves, j’ai orchestré une variété de projets et d’ateliers répondant aux besoins d’apprentissage des élèves. En ce qui concerne les arts visuels, nous avons mené une multitude de projets, incluant des interprétations thématiques et de la recherche, du marketing, des projets en création numérique ainsi que la construction d’une galerie d’art au sein de l’école. Ces projets éducatifs ont suscité un intérêt des élèves à explorer davantage ce que les arts visuels peuvent leur apporter. De plus, ils ont permis aux élèves de mieux comprendre comment résoudre des problèmes, comment travailler en collaboration, et comment se structurer pour réussir dans leurs activités artistiques. Contrastant avec le modèle d’enseignement mentionné ci-dessus, Kincheloe (2012) a affirmé que les normes techniques imposées par l’autorité contribuent au désengagement des élèves envers leur projet d’apprentissage. En tant que coordonnateur, je vise à intégrer les arts dans un cadre interdisciplinaire tout en invitant les élèves à participer à une communauté d’apprentissage. Ce faisant, les éléments pratiques applicables à la vie personnelle des élèves peuvent alors faire surface, leur permettant de construire leur pensée critique et leurs compétences réflexives. Ces projets variés n’ont pas seulement un impact sur les élèves, ils affectent profondément la façon dont les enseignants, les administrateurs et la communauté perçoivent le rôle des arts dans le système scolaire (Gibb, 2012). J’ai observé des collègues développant un intérêt pour les œuvres d’art et insistant sur l’investissement systématique des élèves dans leurs projets. De plus, je dois souligner que l’enthousiasme des élèves à participer à de telles activités artistiques est bien accueilli et largement promu dans le milieu scolaire. Nos différents projets ont fait l’objet de conversations pédagogiques lors de réunions au sein du conseil d’établissement de l’école, visant à mettre en lumière un regard différent sur la pédagogie de l’enseignement artistique dans le secteur de l’éducation publique.

    Un rôle essentiel dans l’école

    Au travers de ces expériences d’apprentissage, j’ai acquis une compréhension approfondie des raisons pour lesquelles l’art est si important dans le développement créatif et social des élèves. Ceci dit, ma formation largement centrée sur l’éducation artistique m’a permis d’examiner de façon critique comment nous, enseignants des arts, étudions nos pratiques d’enseignement et de création. Ce faisant, j’essaie en permanence d’inclure une variété d’ateliers et de projets pouvant différer de ce que l’étudiant pourrait anticiper d’un projet scolaire normal. Mon but perpétuel est de trouver des projets alternatifs ou des ateliers exposant un éventail de sujets, de concepts, d’idées et de possibilités dans le domaine des arts visuels. Le partenariat avec diverses entités culturelles aide à engager les élèves dans leurs établissements scolaires. Grâce à une approche de mentorat, les étudiants universitaires sont généralement engagés pour aider les élèves à réussir dans leurs environnements scolaires. En pleine expansion, cette approche éducative favorise la passion des coordonnateurs et leur capacité à enseigner des sujets dans lesquels ils sont spécialisés, tandis que les élèves de ces mentors apprennent à renouer avec une discipline qui avait peut-être été oubliée en cours de route.

    Enseigner les arts visuels dans un programme spécial a entrainé beaucoup d’opportunités pour mes propres apprentissages en tant qu’enseignant d’art et en tant qu’étudiant en enseignement des arts. Un important point commun entre les coordonnateurs et les intervenants artistiques chez Fusion jeunesse est que nous désirons tous apporter un élément différent ou une touche personnelle dans notre pratique de l’enseignement des arts. Nous savons que l’unique, l’inattendu et le constructif (socialement parlant) peuvent créer un changement dans le parcours éducatif d’un élève. En travaillant avec des jeunes, nous devons toujours être sensibles au fait que les élèves désirent construire et exprimer leur identité. En proposant un programme diversifié de projets, d’ateliers et de collaborations, nous devenons plus que des alliés, des mentors et des éducateurs, nous aidons les instances à garder les élèves engagés dans le système scolaire au Québec et à contribuer à un nouveau paradigme éducatif.

    Remerciements

    Travailler pour Fusion Jeunesse m’a, sans aucun doute, permis d’explorer, d’apprendre et d’enseigner les arts à une variété de jeunes défavorisés dans le secteur de l’éducation publique au Québec. La mission de Fusion Jeunesse est de lutter contre le décrochage scolaire des élèves des écoles du Québec en proposant des projets et des méthodes alternatives. Je remercie cet organisme d’avoir soutenu mon apprentissage et pour les possibilités de carrière qui découlent de leurs objectifs à offrir des services alternatifs aux populations de jeunes à risque des écoles de la province.

    Bibliographie

    Gibb, C. (2012). Room 13: The movement and international network. International Journal of Art & Design Education, 31: 237–244.

    Kincheloe, J. L. (2012). Teachers as researchers (classic edition): Qualitative inquiry as a path to empowerment. Abington, Oxon: Routledge, 4-5.

    Stinson, A. (2009). A review of cultural art programs and outcomes for at-risk youths. Best Practices in Mental Health, 5(1), 10-25.

    Thuot-Dubé, M. et Deveault, M. (2015). Éducart : la nouvelle plateforme de ressources pédagogiques du Musée des beaux-arts de Montréal. Vision 80, 10-13.

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