Dénonciation(s)

Anne Frank, une histoire d'aujourd'hui

par Nathalie Claude

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Nathalie Claude

Nathalie Claude

Enseignante en arts plastiques, Collège Regina Assumpta

Biographie

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Le célèbre extrait du journal d’Anne Frank daté du 5 avril 1944 – « Je veux continuer à vivre, même après ma mort » – est ranimé sur une plaque commémorative où sont inscrits les noms des 147 adolescents du Créa_lab qui ont participé à l’exposition itinérante du Musée Anne Frank à Amsterdam.

Aujourd’hui !

Il y a 69 ans, des hommes porteurs d’une idéologie ont préconisé l’éradication d’un peuple, simplement du fait de leur race ou de leur religion. Et pourtant, plus tard, on y a vu les mêmes atrocités commises au Rwanda, au Cambodge, en Bosnie et en Syrie.

Il y a quelque temps, un grand nombre de mes élèves issus des communautés culturelles ont visionné une vidéo publiée sur Youtube et montrant une scène d’horreur et humiliante d’un jeune d’origine asiatique se faisant «tabasser» jusqu’au sang par un groupe de jeunes Américains masqués. Quelques mois plus tard, des élèves m’ont raconté l’histoire d’une jeune fille de 14 ans d’origine québécoise qui a publié ses propres monologues sur Youtube, expliquant de façon convaincue que les Arabes et la religion musulmane étaient deux termes qui voulaient dire la même chose. Elle ajoutait que les immigrants venus s’installer au Québec devaient repartir dans leur pays s’ils n’étaient pas contents, et que leur nourriture était infecte. Au sein de mes classes, 1 élève sur 8 accuse «le juif» d’être responsable de milliers de morts d’enfants en Palestine et au Liban. En février 2013, dans un couloir du Collège, certains élèves ont profané une affiche de campagne pour la lutte contre le cancer organisée par l’Hôpital général juif de Montréal en y dessinant une croix gammée ou en y inscrivant le mot «juif».

Ignorance ! – mot chargé avec lequel les adolescents dont les origines sont nombreuses sont voués en 2013 à répéter les mêmes formes de haine à l’égard des cultures et des religions.

Aussi, la distanciation des adolescents d’aujourd’hui avec les horreurs de l’Holocauste mais également avec d’autres crimes de guerre n’a pas encore la même charge émotionnelle que lorsqu’on leur évoque des évènements tragiques de moindre ampleur, mais qui leur sont contemporains.

C’est la raison pour laquelle, en tant qu’enseignante (immigrante et de confession juive), il m’était impératif de promouvoir auprès des jeunes le concept de «responsabilité de protéger» et de développer une éducation à la tolérance et au respect de la diversité comme clef de prévention.

L’occasion d’intervenir dans le cadre de cette exposition d’Anne Frank m’aura permis de m’engager avec mes élèves à revisiter un passé hideux avec la pleine conviction qu’ils puissent jouer un rôle essentiel dans la préservation de la mémoire.

Le projet, la classe et le contexte d’éducation

Sous le titre «Dénonciation(s)», 147 élèves de 2e secondaire inscrits en arts plastiques présentent une installation contemporaine dans le cadre de l’exposition «Anne Frank, une histoire d’aujourd’hui».

Aussi, «Dénonciation(s)» porte attention au phénomène bien actuel, non nouveau depuis les évènements d’horreur de la Deuxième Guerre mondiale, mais toujours à se réaffirmer : celui de la discrimination.

Le lien qui se tisse entre l’histoire de cette jeune adolescente morte à Bergen-Belsen et le phénomène de discrimination actuellement vécu chez les jeunes «néo-québécois» est prétexte à mieux percevoir les dangers du racisme et de toutes les formes de haine.

Cette installation réalisée en moins de 3 semaines fait partie de la scénographie créée dans le cadre de l’exposition. Elle se présente au public comme une leçon d’humanité sous la forme d’un répertoire visuel violent afin de mieux éclairer le contexte de l’exposition sur les enjeux du présent.

Il s’agit d’un projet collectif où les 147 élèves divisés en équipes de 5 s’organisent à tour de rôle pour créer une installation qui souhaite choquer. Aussi, chaque équipe intervient dans toutes les étapes du processus créatif, se confrontant aux idées des autres, aux cultures et aux religions de chacun.

L’installation est composée de 13 structures humaines de grandeur réelle, toutes moulées dans des corps réels d’adolescents.

Dans leur démarche, les équipes en arrivent à l’analyse suivante:

Ann Frank est représentée en habit rayé du déporté et porte aussi les marques du fil barbelé, rappelant ainsi les conséquences d’une fin tragique qui nous ramène sur la pente glissante du racisme, de l’antisémitisme et d’autres aberrations idéologiques.

Il est à noter que certains des extraits du journal qui jaillissent autour d’elle ont été traduits par les élèves dans plus de 20 langues, y compris en hébreu. Dans ce contexte, il s’agit de dénoncer les peurs et les angoisses que vivent au quotidien les adolescents confrontés à ces problématiques dans notre monde d’aujourd’hui.

Les soldats (nazis) figés dans leur attitude de glace nous rappellent que le sang qui coule de leur tête est une métaphore de tous les assassinats commis sur les territoires du monde entier. Sur les bottes des soldats ont été inscrits, à la main, plus de 200 pays.

Enfin, Adolf Hitler, représenté en noir, affiche sur son corps le pire des signes haineux de toute l’histoire de l’humanité et nous rappelle que la dénonciation n’est pas que cet acte d’haïr un peuple ou une religion en l’exterminant. Dans notre quotidien actuel, l’acte de dénoncer consiste à alerter et à prévenir.

La philosophie d’éducation et l’approche pédagogique

Selon les enseignements de la Tora, il est dit : «Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas que l’on te fasse».

Quelle était l’approche pédagogique?

– Comprendre l’Holocauste et son contexte afin de dégager une analyse comparative entre l’histoire d’Anne Frank et les enjeux actuels vécus chez les adolescents;

– Faire de l’histoire de l’Holocauste la source de l’avenir pour comprendre le présent;

– Accepter et confronter les différences culturelles et religieuses à travers un processus créatif collectif qui englobe les valeurs communes d’une société multiculturelle.

Quel fut l’impact des pratiques d’éducation de l’enseignant sur les élèves ?

L’apprentissage expérientiel à travers le processus créatif a démontré que les élèves se sont investis dans la réalisation concrète d’une œuvre collective destinée à une exposition sur le thème de l’Holocauste.

De plus, l’histoire de l’Holocauste a participé activement à aider à mieux comprendre et à appréhender les droits de l’homme, la tolérance et la démocratie.

Aussi, la conception de cette installation a permis d’évaluer chez les élèves les connaissances sur l’Holocauste et de dégager des discussions interculturelles sur la signification des valeurs individuelles et communes.

Enfin, la fierté d’avoir réalisé une œuvre collective a permis aux élèves de diffuser auprès de 1000 visiteurs un message sur les phénomènes de dénonciation en plus d’avoir été des passeurs engagés et respectueux.

Le projet «Dénonciation(s)» a été présenté au Prix d’excellence pour l’éducation sur l’Holocauste de Citoyenneté et Immigration Canada (CIC).

À l’initiative du collège Regina Assumpta, l’Atrium du Centre culturel et sportif Regina Assumpta a accueilli pendant plus d’un mois l’exposition itinérante «Anne Frank, une histoire d’aujourd’hui» réalisée par la Maison Anne Frank Amsterdam. Dans le cadre de ses activités en lien avec le Réseau québécois des Écoles UNESCO, le collège Regina Assumpta a accueilli cette exposition du 19 mars au 6 mai 2013 en collaboration avec les Anciens combattants du Canada.

Liens utiles :

La vidéo «Dénonciations» : https://vimeo.com/71996672

Maison Anne Frank / Amsterdam : http://www.annefrank.org/fr/

Anciens Combattants du Canada : http://www.veterans.gc.ca/fra/

Réseau Canadien des écoles associées de l’UNESCO :   http://www.unesco.ca/fr/home-accueil/aspnet-reseau

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