La genèse de l’aventure Olimpides

Un projet mobilisateur en classe d'accueil

par Martin Breault

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Martin Breault

Enseignant à la Commission scolaire de Laval

Biographie

Martin Brault gravite dans le monde des arts depuis sa tendre enfance. Il est détenteur d’un baccalauréat en photographie-cinéma de l’Université Concordia. Il a de plus complété la scolarité de la maîtrise en études des arts à l’UQÀM et poursuit actuellement une maîtrise en enseignement des arts. Monsieur Brault a travaillé pendant 17 ans à l’UQÀM à titre de technicien en photographie argentique. Depuis 2004 il enseigne à la Commission scolaire de Laval en tant que spécialiste en arts plastiques. Il a obtenu le Prix du Jour de la Terre 2015 et l’Image de l’art 2015. Il est co-auteur du livre Montréal au XXe siècle : Regards de photographes. En parallèle à sa carrière professionnelle Martin est aussi potier et tourne la terre au quotidien pour offrir une exposition annuelle.

Autres publications de cet auteur

    Depuis maintenant dix ans à la Commission scolaire de Laval, j’ai développé des projets (SAÉ) qui lient des notions d’environnement aux propositions créatives. Dans le cadre de mes travaux académiques de la maîtrise en enseignement des arts, j’ai été initié à la notion de pédagogie coopérative. Il me semblait fort intéressant de mettre en pratique cette modalité au sein de mon enseignement. Pour rendre plus significatifs les apprentissages, je voulais insérer un discours sur le fragile équilibre de la vie et de la biodiversité, ainsi que notre relation à la consommation. Ce discours nous porte à se questionner sur les gestes écoresponsables que l’on pourrait porter au quotidien. En septembre 2014 avec les classes d’accueil, je m’étais donné le mandat de préparer une installation pour le 22 avril, Jour de la Terre.

    Le projet : créer des lanternes en papier de riz

    J’ai d’abord initié, avec un seul groupe d’élèves, un projet de confection de lanternes de format réduit dans lesquelles étaient intégrés des végétaux séchés. Nous avons débuté par la cueillette de plantes pour élaborer un herbier et apprendre le nom des espèces. Les plantes ont été insérées entre deux feuilles de papier de riz enduites de vernis acrylique et déposées sur une structure en bois. Quatorze lanternes ont été produites, toutes distinctes l’une de l’autre. Compte tenu que ce premier projet suscitait des discussions, des questionnements sur la flore et la faune, les territoires et les écosystèmes, la problématique des espèces en danger a émergée. Ainsi, en suivant l’actualité sur les grands enjeux environnementaux, j’ai été interpelé par le dossier des bélugas de Cacouna. En prenant connaissance qu’un mouvement citoyen avait fait reculer une multinationale qui projetait d’installer un port méthanier dans la pouponnière des bélugas du fleuve Saint-Laurent , j’ai réalisé l’impact que peut avoir une action sociale écoresponsable. Avec les élèves, nous avons réalisé des recherches sur les animaux en situation de danger et les écosystèmes fragilisés . Nous avons ciblé certaines espèces plus menacées et emblématiques des enjeux environnementaux. Compte tenu de la synergie du premier groupe d’énergie suscité par le projet des lanternes, j’ai pensé le poursuivre auprès de l’ensemble des élèves de l’accueil. Ainsi, deux cent jeunes ont dessiné sur un papier calque une des espèces d’animaux ciblés. Le papier calque enroulé en tube a été par la suite maintenu aux extrémités par deux anneaux métalliques. Une source lumineuse de type del a été ajoutée en finalité. Collectivement emportés par notre enthousiasme, nous avons ciblé huit animaux symboliques et avons conçu des lanternes géantes atteignant jusqu’à huit pieds de hauteur. Dans la même perspective, la structure d’une tente de camping de vingt-quatre pieds de diamètre a été utilisée pour illustrer la biosphère, devenant elle-même une immense lanterne. Je prenais le temps à chaque cours d’apporter un point d’actualité sur l’environnement et de transmettre aux élèves des notions sur le réchauffement planétaire qui affecte l’équilibre délicat des territoires. Nous étions à la veille du Sommet de Paris , sommet reconnu comme étant la dernière chance d’intervenir de façon planétaire sur le réchauffement climatique et l’actualité foisonnait d’articles sur tous les aspects de l’enjeu.

    À la recherche d’un corpus d’une grande qualité esthétique

    Comme il nous fallait des animaux des différentes régions du globe, nous avons eu recourt aux dessins de Cap-Dorset (près de la péninsule de Foxe au Nunavut), ainsi qu’aux corpus de l’art Sénoufo, de la Haute-Côte d’Ivoire et de l’art aborigène australien. Nous avions choisi de montrer davantage la beauté de ce que nous allions perdre si rien n’était fait pour sauvegarder les espèces en danger plutôt que de faire des tableaux de chiffres alarmistes comme dans les campagnes de groupes d’activistes. Notre intention était d’arriver à une installation où le spectateur ferait le tour des écosystèmes dans un parcours où l’ergonomie du lieu l’obligerait à prendre conscience que le problème était mondial et touchait l’ensemble des espèces à différents degrés.

    Le recours à la pédagogie coopérative

    Je me suis posé la question « comment réaliser un projet d’une telle envergure avec des élèves qui proviennent soit de pays en conflit, soit de pays où il y avait eu des catastrophes naturelles? ». En fait, il y avait une disparité dans les acquis culturels des élèves. Bien qu’ils étaient regroupés par habileté langagière, je me retrouvais avec des groupes qui possédaient à la fois de grandes habiletés au niveau des arts plastiques et des élèves qui présentaient des lacunes. J’ai donc débuté avec des projets intégrateurs en équipes pour permettre la socialisation des élèves et exploiter leurs qualités spécifiques. Après observation, je suis arrivé à la conclusion que l’on devait exploiter la synergie qui se dégage dans l’interaction entre les élèves. J’ai donc eu recours à la pédagogie coopérative qui va plus loin que de placer les élèves en équipes, dans la mesure où le projet devait obliger ces derniers à travailler en concertation. J’ai nommé ces projets « Les projets à quatre mains ». Ainsi, les élèves ne pouvaient pas déposer un morceau de papier de riz enduit d’acrylique sur les structures sans l’aide d’un collègue. De même, lorsque l’on fixait les tiges de bambou qui créaient le squelette des lanternes animalières, six mains étaient nécessaires pour accomplir la tâche. Pour obtenir le résultat souhaité, les élèves devaient à fortiori se coordonner sur tous les aspects et étapes du projet.

    Ce qui s’est dégagé de notre expérience pédagogique, c’est que les valeurs coopératives ont permis la responsabilisation et le plaisir. Il y a finalement eu une unité dans la diversité. L’interdépendance où chacun devait choisir un rôle précis en coordination avec le reste de son équipe pour arriver à une mouvance commune s’est révélée d’une grande richesse puisque les élèves devaient accepter les idées et qualités de chacun. De plus, comme je voyais les élèves une fois par semaine et que nous avions un temps limité pour sortir la production des lanternes géantes, les élèves devaient accepter que le groupe suivant travaille sur la création qu’ils avaient initié. En fait le projet appartenait à l’ensemble des douze groupes et devenait ainsi une production collective. Pour que le passage d’une équipe à l’autre se réalise de façon harmonieuse, j’invitais l’élève responsable de chaque lanterne à introduire l’autre équipe sur le projet en cours. On peut dire que finalement, ce projet a également été un projet intégrateur des élèves entre eux, mais aussi des élèves à leur nouvelle communauté. Leur statut dans l’école s’est aussi transformé, passant de nouveaux arrivants plus isolés à une figure de responsables d’un projet ayant interpelé l’ensemble de la communauté.

    En conclusion

    Ce projet qui réunissait des qualités artistiques, pédagogiques, poétiques, politiques et sociales, s’est avéré un puissant levier de communication dans notre communauté étudiante. Le projet a eu des retombées très significatives en faisant parler de lui. Il a fait l’objet d’un reportage dans LaPresse+ intitulé L’école en équipe, téléchargé des dizaines de milliers de fois. Il a reçu le Prix du Jour de la Terre et de l’Image de l’Art en plus de faire l’objet d’articles dans les quotidiens Le courrier de Laval, et dans la revue Vie des arts. Compte tenu de l’impact de ce projet et des répercussions positives manifestées par les élèves, nous poursuivons un deuxième volet du projet Les Olimpides avec l’école Odyssée des jeunes de façon à exploiter une expertise acquise dans un projet porteur de messages qui nous interpellent tous au quotidien. Nous sommes toujours dans un état fragilisé où socialement nous devrons repenser ces gestes au quotidien pour une attitude écoresponsable. Récemment les Nations Unies ont signé à New York l’Accord de Paris sur les changements climatiques. La planète envoie des signaux majeurs de détresse et il faut avoir tous et chacun une conscience sociale de la portée de cette problématique. Les projets de lanternes initiés avec mes élèves ont permit une contribution au niveau de la sensibilisation aux enjeux environnementaux.

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