In Memoriam

Jacques-Albert Wallot (1938 – 2017) : une contribution remarquable

par Christine Faucher

Slider

Le 6 février, nous perdions une figure importante de l’enseignement des arts au Québec : Jacques-Albert Wallot s’est éteint à 78 ans. Ce chercheur, professeur, artiste et éducateur d’art a consacré sa carrière à l’avancement de notre champ disciplinaire.

Diplômé de l’École des beaux-arts de Montréal en 1967, monsieur Wallot a enseigné au secondaire de 1967 à 1972. Il a été professeur au département d’arts plastiques[1] de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) de 1971 à 1999. En 1982, il a obtenu un doctorat en sciences de l’éducation de l’Université de Montréal et c’est l’année suivante que le cours de didactique au secondaire lui a été confié à l’UQAM. Tout au long de sa carrière, alors qu’il était responsable de la formation des spécialistes en arts plastiques, il s’est intéressé à divers sujets dont le renouvellement de l’art scolaire, les collectifs en classe d’art et l’aménagement de l’espace plastique par les élèves du secondaire.

À l’affut des nouveautés, animé par une grande curiosité et ouverture d’esprit, monsieur Wallot était également au fait du développement de notre champ disciplinaire et de ses personnes d’influence. À partir de la fin des années soixante, Leon Frankston[2] et la littérature anglo-américaine ont eu une influence déterminante sur sa réflexion sur l’enseignement des arts.

Voici quelques événements marquants de sa carrière :

  • Alors qu’il s’intéressait encore aux images d’élèves du primaire dans les années 1980, monsieur Wallot fut étonné de voir que les élèves étaient encore parfois évalués sur le respect d’un thème. Pour lui, cela était indéfendable sur le plan pédagogique. C’est alors qu’il conduisit une étude avec son épouse Candide Charest, enseignante en sciences politiques à l’époque. En recourant à la carte de dé/favorisation des écoles du territoire montréalais et en proposant le thème de la police, fort chargé, ils montrèrent que « [l]es élèves répondent […] différemment à un thème selon leur milieu socio-économique » (Faucher, 2010, p 16). L’article qui témoigne de cette étude a été publié dans un périodique de la USSEA[3] (Wallot et Charest, 1986).
  • Monsieur Wallot a initié et conduit le projet pédagogique La mémoire des arts, une série de 28 émissions de télévision. À son avis, cette série constitue une « photographie » de ce que des « collègues artistes et pédagogues de l’art avaient à dire sur leur production, sur l’art et son enseignement » (Faucher, 2010 p. 16). Dans le cadre de rencontres filmées en studio, des étudiants au baccalauréat en enseignement des arts visuels de l’UQAM ont interrogé notamment : Robert Wolfe, Bruno Joyal, Jacques de Tonnancour, Leah Sherman, Michel Goulet, Francine Beauvais et Stanley Horner. Ces émissions, disponibles à la Bibliothèque de l’UQAM et au Musée d’art contemporain, sont toujours diffusées sur le Canal Savoir.
  • La même année où monsieur Wallot a reçu la médaille de l’AQÉSAP en 1993, il a dirigé la publication Apprendre l’Image / Discovering The Image. Il s’agit d’un catalogue d’exposition comprenant 23 essais d’enseignants et de chercheurs en éducation artistique de la région montréalaise. Cet ouvrage fait état de l’exposition Apprendre l’Image tenue à la Galerie UQAM dans le cadre de la conférence de recherche précédant le congrès mondial de l’International Society of Education through Art (InSEA) qui a eu lieu en 1993 à Montréal. Ce projet, qu’il a piloté assisté de France Joyal, s’inscrit dans une approche pédagogique liée à l’image. Cette approche galvanisa monsieur Wallot pendant de nombreuses années. Selon lui, diverses « contributions […] annonçaient un changement dans le regard que nous portions sur l’art et l’éducation artistique et se situaient davantage dans la perspective Art et société de Suzanne Lemerise » (Wallot, 2015, p. 43).

Le projet Apprendre l’Image nous permet de saisir la couleur de la didactique « post-senécalienne » de monsieur Wallot. Sa didactique est centrée sur l’image, l’art, l’importance du rehaussement culturel et de l’alphabétisation visuelle des élèves. Très conscient de l’héritage d’Irène Senécal, sa didactique ne se cantonne pas à la théorie du développement graphique et à l’apprentissage des codes de l’art occidental du XXe siècle (modernisme). Pour lui, l’image des adolescents, qui le passionne, est avant tout culturelle. Il parle de partir des intérêts des élèves et d’élargir leurs horizons en tissant des liens avec la culture savante. Dans un contexte pédagogique, « culture savante et culture populaire se nourrissent mutuellement » (Faucher, 2010, p. 15). Les choix d’approches didactiques des éducateurs d’art transposent, dans un cadre d’art scolaire, les multiples questions émanant du milieu artistique. De plus, les éducateurs d’art (comme il aimait les nommer) saisissent l’art sous l’angle du social et oeuvrent au développement du « regard empathique ».

Homme modeste, érudit et d’un grand flair, monsieur Wallot connaissait l’art d’écouter les autres et de leur faire saisir toute leur importance. Il connaissait ses étudiants par leurs noms, même après des années, alors qu’il supervisait des stages dans les écoles et revoyait ses anciens étudiants devenus enseignants formateurs. Durant toute sa carrière, il a su mettre ses étudiants à l’avant-plan, ceux du baccalauréat et ceux de la maîtrise, qu’il a impliqués dans ses projets (publications, communications lors de colloques, etc.) et encouragés avec ferveur. La création de la Bourse Charest-Wallot est un exemple éloquent de sa sensibilité et de la profondeur de son engagement envers la relève.

Nous invitons les lecteurs à revisiter les entrevues qu’il a accordées à la revue Vision ainsi que les articles qu’il a rédigés : meilleur moyen de saisir la richesse de sa réflexion et la nature de sa contribution au champ de l’enseignement des arts au Québec. Il laisse un magnifique héritage à la jeune génération : à nous d’en profiter !

 Photographie prise en décembre 1999, dans l’un des studios du Service de l’audiovisuel de l’UQAM, après le tournage de La mémoire des arts : une entrevue avec Leah Sherman. À droite : Jacques-Albert Wallot arborant son habituel sourire si lumineux et sympathique. Au centre : Gilles Saint-Pierre, régisseur de plateau. À gauche : Suzanne Lemerise, collaboratrice de l’émission.

Les collègues de l’UQAM en janvier 2017. Depuis la gauche : Pierre Gosselin, Suzanne Lemerise, Laurence Sylvestre, Mona Trudel, Yves Lavoie, Moniques Richard, Christine Faucher et Francine Gagnon-Bourget.

Références

Efland, A. (1988). How art education became a discipline. Art Education, 29(3), p. 262-281.

Faucher, C. (2010). Avant tout il faut passer par l’image… : entrevue avec Jacques-Albert Wallot. Vision : revue de l’Association québécoise des éducatrices et éducateurs spécialisés en arts plastiques (AQÉSAP), n°69, p. 10-16.

Lemerise, S. (2002). Un choix pour l’image en soi : une entrevue avec Jacques-Albert Wallot. Vision : revue de l’Association québécoise des éducatrices et éducateurs spécialisés en arts plastiques (AQÉSAP), n°60, p. 6-9.

Mattil, E. L. (dir.). (1966). A seminar in art education for research and curriculum development. University Park, PA: Université d’État de Pennsylvanie.

Wallot, J.-A. (2015). Questions de didactique… : un regard dans le rétroviseur. Réflexions : fondements de l’enseignement des arts au Québec, Vision : revue de l’Association québécoise des éducatrices et éducateurs spécialisés en arts plastiques (AQÉSAP), Hors série, p. 38-47.

Wallot, J.-A. (2014). Wim Hysecom : une contribution institutionnelle exceptionnelle. Vision : revue de l’Association québécoise des éducatrices et éducateurs spécialisés en arts plastiques (AQÉSAP), n°78, p. 5-6.

Wallot J.-A. et Joyal, F. (1993). Apprendre l’Image / Discovering The Image. Montréal: les Éditions l’Image de l’Art.

Wallot, J.-A. et Charest, C. (1986). An Analysis of the Expressive Content and Formal Content in the Drawings of French Speaking Montreal Children on a Given Thematic Proposal. Journal of Multi-Cultural and Cross-Cultural Research in Art Education. 4(1), p. 57-64.

[1] En 2000, le département d’arts plastiques de l’UQAM est devenu l’École des arts visuels et médiatiques.

[2] Aux dires de monsieur Wallot, le fait que Frankston a été convié à devenir professeur à l’Université Sir George William (aujourd’hui l’Université Concordia) a permis aux idées du rapport du séminaire de l’Université d’État de Pennsylvanie (Penn State Seminar) de se répandre. Il s’agissait d’envisager désormais l’enseignement des arts comme une discipline à part entière. Monsieur Wallot raconte : « [à] mon avis [Frankston] joua un rôle important en éducation artistique au Québec car il a formé plusieurs collègues de ma génération qui furent très actifs dans le milieu de l’éducation artistique de Montréal. De plus, le professeur Frankston était coéditeur d’une publication américaine qui constitua un document fondateur en éducation artistique aux États Unis, le rapport du Penn State Seminar de 1966 (Mattil,1966) qui donna suite à un colloque de l’Université d’État de la Pennsylvanie tenu la même année. Comme l’indiqua plus tard Arthur D. Efland, ‘‘L’idée de considérer les arts visuels comme une discipline est apparue bien avant le séminaire du Penn State, mais c’est là que cette idée a gagné en crédibilité’’ (1988, p. 266) » (Wallot, 2015, p. 39).

[3] United States Society for Education through Art.

1 commentaire

  1. Mireille Tourigny dit :

    Un grand homme qui m’a marqué de par son enseignement et sa grande simplicité.

Laisser un commentaire

Vous devez être connecté pour laisser un commentaire.

AQESAP bandeau publicitaire Revuevision.ca
Slider

UNE VISION DE L’ART+

Spring Break 2018

Gilbert Gosselin et Marc Laforest

UNE VISION D'ENSEIGNEMENT

UNE VISION QUI SE QUESTIONNE

Scroll Up