Le Créa_lab : le lieu où la créativité n’a aucune limite!

Entrevue avec Nathalie Claude

par Christine Faucher

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Nathalie Claude, qui est spécialiste en arts plastiques au Collège Regina Assumpta (CRA), avait déjà accumulé un bagage artistique et pédagogique en France. À son arrivée au Québec, elle a souhaité vivre des expériences par simple curiosité et dans le but de poursuivre des objectifs d’enrichissement humain bien précis, soit de développer des projets en arts auprès de jeunes décrocheurs pour l’Organisation des Jeunes de Parc-Extension et d’enseigner les arts plastiques dans un centre de détention. Elle souhaitait aussi partager l’univers des élèves autistes, des handicapés physiques ou de ceux ayant des troubles envahissants du développement (TED).  De plus, Nathalie Claude a enseigné l’histoire de l’art (sa première spécialité) au cégep de Bois-de-Boulogne.

Représentante régionale (région de Montréal) pour l’AQÉSAP depuis 2009, elle a  réalisé des projets qui se sont démarqués. Mentionnons d’abord le movedub, une redéfinition du lip dub[1], faisant la promotion du CRA, diffusée sur YouTube et sur Vimeo[2] mais aussi sur les ondes du réseau TVA dans le cadre de l’émission Vlog[3]. Le projet pédagogique Extension corporelle I, quant à lui, a permis à des élèves de 3e secondaire du CRA de se mesurer à la notion d’hybridation en vivant une expérience tournée vers la technologie intégrant le corps et la machine, et ce, en collaboration avec le projet de recherche Corps + fictions technologiques de l’UQAM. Pour terminer cet échantillon, le projet C’est à toi de jouer, qui impliquait une collaboration avec des élèves autistes, s’est rendu en finale du programme  Forces Avenir en 2009 dans la catégorie « projet engagé ». En fin de compte, Nathalie Claude est une enseignante en arts plastiques passionnée par les jeunes, les arts et les nouvelles technologies ainsi que par les nouveaux enjeux en enseignement des arts. Elle est d’ailleurs très intéressée par la culture propre aux adolescents dans laquelle elle ancre régulièrement la construction de ses situations d’apprentissage et d’évaluation (SAÉ). Voici donc les propos qu’elle m’a confiés dans son atelier et laboratoire de recherche pédagogique : le Créa_lab.

N.C. : Le Créa_lab est un lieu qui rassemble des moyens humains et matériels destinés à l’exécution d’un travail de recherche. Ce lieu est devenu tout naturellement un espace pédagogique où la créativité est au centre de mes préoccupations en enseignement des arts.  Dans ce lieu, tout est basé sur la culture du jeune et sur ses pratiques culturelles. De plus, le fait d’accueillir une expérimentation d’ordre universitaire[4] et liée au domaine de la recherche m’intéresse et me motive beaucoup. D’une part, parce que ma formation académique en France m’a amenée à côtoyer la recherche dans le domaine des arts visuels, mais aussi parce qu’au Créa_lab, je teste une pédagogie multidirectionnelle tout en restant très fidèle au Programme de formation de l’école québécoise (PFÉQ). Le tout reste centré sur une préoccupation fondamentale : les pratiques culturelles du jeune à travers les technologies ou non.

C.F. :   Tu la perçois comment la culture des jeunes?

N.C. : Comme je vis dans une ville où toutes les cultures se côtoient, je dirais que la culture du jeune pour moi s’apparente à un pays. Quand je visite un pays, je suis exposée à des mœurs, des lois, des règlements et une mentalité. La culture du jeune, c’est un peu ça : une mentalité qui s’entoure d’intérêts, d’habitudes de vie, de différences, de traits, d’activités culturelles, d’une variété incommensurable de types de langages, de lois, mais surtout de créativité à tout instant.

Je suis d’ailleurs persuadée qu’il existe des « sous-cultures. »

C.F. :   Les jeunes ont leurs propres codes?

N.C. : Bien plus qu’on ne l’imagine Christine. L’adolescence est aussi, pour la plupart des jeunes, une période de rébellion contre le modèle parental, scolaire… C’est une période de tests, d’expérimentations personnelles. Cela crée une expérience similaire, des aspirations communes aux jeunes. Leurs normes et valeurs montrent pour l’ensemble beaucoup de ces similitudes.

Cette socialisation du jeune est le nerf vivant du Créa_lab.

C.F. :   D’après toi, est-ce qu’on peut parler de culture des jeunes ou de culture pour les jeunes?

N.C. : Si je prends l’exemple des nouvelles technologies, personne ne peut nier aujourd’hui qu’elles ont envahi le quotidien des adolescents pour faire partie intégrante de leur culture. Les adolescents raffolent de ces offres et services (messagerie instantanée, blogue, jeux en ligne, etc.). Si j’en fais spontanément une analyse, je constate que les nouvelles technologies ont bouleversé les codes culturels et sociaux d’une génération née avec Internet et l’image (cyberculture visuelle). La culture des adolescents reste donc une culture fabriquée par le jeune lui-même.

C.F. :   Peux-tu me parler de Tendanses Urbaines?

N.C. : Il s’agit d’un groupe de jeunes composé spécifiquement de danseurs (modern jazz, c-walk, ballet, tecktonik, etc.), de chanteurs et de graphistes qui aident d’autres jeunes en créant un outil de sensibilisation dans une approche non conventionnelle.  C’est le groupe de jeunes Tendanses Urbaines qui est derrière la création de MEL.Z[5] : un court-métrage chanté et dansé racontant l’histoire d’une adolescente de 15 ans qui subit de l’intimidation à plusieurs endroits (sur Internet, devant un dépanneur ou sur la rue où se déroule une fête). Si l’on veut s’assurer qu’un message fort soit transmis dans un milieu adolescent, on doit aller « frapper » dans leur propre culture. Une variété de danses, du chant, un genre musical électro-urbain composé par un DJ professionnel, un lieu de tournage 100% urbain, des couleurs vives en guise de colorisation finale et c’est parti : les jeunes s’y retrouvent. En recréant cette culture populaire, on peut plus facilement les interpeller et donc cibler plus étroitement leurs préoccupations. De plus, je compare le jeune à un condensateur qui va permettre de nourrir la création artistique, mais aussi de le mener à vivre son propre processus créatif. Pour moi, si la culture des jeunes est la découverte d’un nouveau pays, d’un point de vue artistique, elle est aussi une magnifique richesse sur le plan expérimental, car elle offre de grandes perspectives sur la recherche de nouvelles pratiques pédagogiques en enseignement des arts.

C.F. :   Ta classe d’art est passionnante parce qu’elle est un laboratoire de recherche. Mais ne l’est-elle pas aussi en raison de ta manière de vouloir toucher l’élève?

N.C. : J’appuie mon enseignement sur une communication visuelle. Cela me permet plus facilement d’influencer l’élève sur un sujet en particulier à l’aide de moyens visuels qui sont puisés dans ses propres modèles de référence. Les déclencheurs sont présentés sous forme de bande-annonce de film, de vidéo-clip ou de reportage. Le mode de communication recherché devient plus stimulant et motivant pour l’élève. Finalement, je le questionne en utilisant des codes qu’il reconnaît. Au Créa_lab, l’organisation de travail sort du cadre conventionnel et s’effectue d’abord par des scénarios éducatifs pour s’ouvrir ensuite vers le milieu social.  Ce processus éducatif est essentiel pour que l’élève développe un intérêt pour la créativité.

La créativité fait partie de la vie. Comme outil thérapeutique ou de croissance personnelle, elle peut être un moyen efficace pour explorer de nouvelles facettes de soi. Au CRA, j’ai la chance d’enseigner à des élèves qui ont le désir d’apprendre. Pourquoi ne pourrais-je pas contribuer à détendre l’atmosphère d’une éducation souvent stricte et de les débarrasser de blocages qui empêchent parfois les bonnes idées de faire surface ? Les arts sont d’ailleurs présents à l’école pour ça. La créativité est aussi liée à l’aptitude de concevoir la réalité autrement. Les techniques, les gestes transformateurs sont autant de moyens efficaces pour enrichir la pensée. La créativité est donc pour moi une affaire de passion, autant que l’humour, la fantaisie, l’intuition ou l’imaginaire.  Finalement, le Créa_lab, c’est aussi le lieu de toutes les passions, au même titre que le CRA qui offre aux élèves un contexte scolaire de tolérance au niveau du pluralisme d’idées dans la pratique pédagogique. L’un ne va pas sans l’autre.

Les préoccupations du Créa_lab rejoignent mes propres préoccupations en tant qu’adepte de la créativité, puisqu’il existe quelque part sur le Web, un lieu fertile destiné à accueillir des projets individuels ou en collaboration : Speak Production. C’est un collectif 100% « Creativity » sans foi ni loi qui fabrique de la matière créative au gré des illuminations de ses membres entre Montréal et Bordeaux. Ce concept a été créé avec Elsa Miquel, une architecte qui vit en France. D’ailleurs, Speak Production réalise certains déclencheurs pour le Créa_lab et participe souvent à certains projets (Movedub, Territoire Unique, Gallacti_cra, Famille, je vous aime !). Comme une majorité de mes projets se fait en collaboration avec des intervenants de l’extérieur, il me semble important que l’élève puisse être confronté à un contexte réel. Plus les approches pédagogiques sont diversifiées et plus l’élève trouvera un sens à ce qu’il crée. De plus, il aura appris à développer ou à faire naître certaines de ses habiletés. La créativité s’apprend, comme tout. Picasso a dit : « chaque enfant a un talent ». Elle se situe là, je pense, la porte d’entrée vers les arts.

C.F. :   Quand tu parles de « talent » et de « créativité », n’utilises-tu pas les deux termes de façon un peu indifférenciée?

N.C. :  Oh que oui ! Même si le talent et la créativité sont deux aptitudes différentes, le talent ou le don naturel n’est pas une priorité au Créa_lab. Par talent, on comprend que l’enfant est naturellement bon. Par conséquent, il ne fera pas toujours les efforts nécessaires pour concevoir autre chose que ce qu’il maîtrise déjà. Pour ma part, je vois le talent comme une aptitude à développer une facette du processus intellectuel tout en produisant un certain nombre d’idées nouvelles de façon intuitive et imaginative. Le talent d’un enfant ne peut émerger qu’au moment où il conçoit le monde et sa réalité sous un autre angle. C’est pour cela que l’enfant doit être stimulé et provoqué. De plus, la réussite n’est pas un critère fiable de talent, car il importe que l’enfant soit avant tout épanoui et éveillé. Comme tous mes collègues en arts, j’établis mes priorités en fonction du développement de la personne. Étant donné que j’ai été formée au Renouveau pédagogique, je ne centre pas tous les apprentissages de l’élève sur la connaissance des techniques. Tous les scénarios d’apprentissage que je construis permettent aux élèves de vivre des défis et d’apprendre dans un contexte réel tout en étant confrontés à l’expérience. Pour ma part, ne pas s’intéresser à l’élève finirait par bloquer une ouverture au processus créatif.

C.F. :   Donc pour toi, interpréter l’enjeu fondamental du Renouveau pédagogique, c’est partir de l’élève et de sa propre culture?

N.C. :  Tout à fait. Il me semble que c’est clairement écrit dans le PFÉQ… (sourire).

C.F. :   À ton arrivée ici, voyais-tu déjà des impacts des pratiques culturelles des jeunes sur leur pratique artistique à l’école, « naturellement », sans ton intervention pédagogique?

N.C. : Sincèrement, je pense que le recours à l’imagination de l’enseignant en art a des répercussions profondes dans sa relation avec l’élève. Par exemple, lorsque j’ai créé une fausse page couverture de Paris Match avec l’intention de faire vivre une expérience à mes élèves, je me suis aperçue que les réalisations qu’ils avaient conçues par la suite étaient impressionnantes sur les plans de la signification du message et de la qualité visuelle. M’être fait passer, auprès de mes élèves, pour une milliardaire célèbre en France aura, par la suite, motivé l’élève à développer sa capacité à créer plus rigoureusement, en demeurant toujours critique face aux images qu’il voit. [image de la page couverture] Ce projet, La Rumeur, s’est démarqué de tous les autres projets de l’année, car le scénario imposait une remise en question totale concernant ma propre image. Une fois que la vérité leur fut révélée, j’ai organisé rapidement, auprès de tous les groupes, une saisie anonyme de commentaires. Après avoir regroupé tous les commentaires par catégories, je me suis aperçue que la déception et la confiance étaient les mots qui revenaient le plus souvent. Aujourd’hui, j’enseigne pour une deuxième année à tous les groupes qui ont été mêlés à La Rumeur. Lorsque je leur raconte une anecdote ou une tranche de vie, les élèves doutent de l’authenticité de l’information. La confiance est là, car ils sont conscients que je les ai placés devant leurs propres responsabilités mais le niveau de vigilance est plus élevé et les élèves sont plus conscients du jeu qu’il peut y avoir entre l’un et l’autre.

C.F. : Entre la fiction et la réalité?

N.C. :  Tout à fait. Ce jeu de va-et-vient est pour moi l’équivalent d’un outil de sensibilisation comparable à une brochure ministérielle. Si je dois sensibiliser l’élève, je dois d’abord procéder à sa manière pour ensuite l’aider à développer son jugement critique, esthétique et éthique. Ce qui m’importe, c’est d’inciter l’élève à se développer, à se révéler lui-même afin qu’il retienne certaines valeurs comme l’intégrité, le «vivre ensemble » et le respect.  On ne peut pas agir n’importe comment avec un adolescent. Je ne fais que l’écouter, je le comprends aussi. Une collecte d’informations qui met en danger les pratiques virtuelles des adolescents m’incite davantage à intervenir de façon rigoureuse qu’à agir sans penser aux répercussions que cela pourrait engendrer pour eux. La Rumeur a eu des répercussions très intéressantes sur les pratiques virtuelles des jeunes. Après La Rumeur, beaucoup d’élèves ont commencé à supprimer des amis « inutiles » sur leur profil Facebook; certains m’ont confirmé qu’ils vérifiaient toujours leurs informations. Si un cas de conflit persistait entre deux amis sur Facebook, le problème finissait par se régler entre eux et non pas par l’entremise d’amis X qui, on le sait, attisent le conflit plutôt que de le cerner. Certains vont aussi se confier directement à un adulte, qu’il soit parent ou enseignant. La profession d’enseignant ne s’arrête pas à un transfert de connaissances ou d’actions précises. Nous devons sensibiliser nos élèves aux problématiques liées aux nouvelles pratiques virtuelles et plus précisément sur leur articulation avec la vie quotidienne. Les jeunes d’aujourd’hui savent peu gérer leur réseau et ont de la difficulté à dire non à des demandes d’amis.

C.F. : Penses-tu que le fait que La Rumeur ait été diffusée sur Internet a amplifié sa propagation?

N.C. : Oui, comme un virus.  Aujourd’hui, tous les jeunes ont accès à Internet chez eux. Je dirais que ce lieu est devenu, avec l’ascension fulgurante de tous les réseaux sociaux que nous connaissons, une nouvelle « cour de récréation ».  Dans un reportage qui retrace la naissance de La Rumeur jusqu’à sa déformation, un « élève-espion » raconte qu’en cinq minutes il constata 96 notifications sur son mur Facebook. Dans une vraie cour de récréation, la rumeur se serait aussi propagée mais sûrement plus lentement. Facebook est un prolongement de la vie sociale, en version accélérée. Aujourd’hui, je me pose la question de la capacité des adolescents à distinguer la frontière entre la vie publique et la vie privée. Je crois que nos jeunes sont dans une « zone différente », dans une nouvelle forme de socialisation. Nous devons, nous aussi, être sur nos gardes.

C.F. :   Qu’est-ce qu’il y a de « culturel » ou « d’artistique » dans tout ça?

N.C. : Culturellement, ce projet incarne une forme de témoignage pour tous les élèves qui cohabitent dans une zone sociale où les interactions se font quotidiennement.  D’un point de vue artistique, je pourrais dire que cette expérience a permis à 220 élèves de vivre un projet de création sans qu’il soit dicté ou expliqué en classe. Ce déclencheur a tout à fait sa place dans un processus créatif.

C.F. :   Qu’est-ce que  la culture pour toi?

N.C. :  Un fleuve de connaissances illimitées. La Culture avec un grand C. Un passage vers la connaissance de l’autre, un savoir tourné autour de l’être social et culturel ainsi que de ses pratiques. Cette conception anthropologique de la culture est tout à fait appropriée dans la création de scénarios pédagogiques où l’élève agit en tant qu’acteur.

C.F. : On interpelle le jeune dans sa culture… mais pour aller où?  Si la culture des jeunes est convenable, alors pourquoi l’éducation?

N.C. : Tout d’abord, l’éducation est profitable pour amener chaque jeune à se construire intellectuellement, mentalement et physiquement. Ensuite, il y a plusieurs façons de concevoir l’éducation. Toute ma scolarité s’est déroulée en France, ce qui peut sûrement expliquer pourquoi ma démarche pédagogique ne suit pas un seul modèle de référence. En France, j’ai été l’élève et l’étudiante d’un système éducatif qui cible essentiellement ses apprentissages sur les connaissances. Au Québec, j’enseigne dans un système éducatif qui rend hommage à l’élève. Instinctivement, je mixe les deux (enseignements des arts français et québécois).

C.F. :   Dans tes cours, avec le Créa_lab, comment le jeune apprend-il?

N.C. : Le jeune apprend qu’en arts tout est possible et ce, dans le respect de chacun. Il s’engage dans des défis qui reviendront tout au long de son existence. Au travers des sujets qui sont traités au Créa_lab, il réalise surtout que les arts sont porteurs de sens. Par exemple, avec le projet C’est toi à de jouer, un projet réalisé en collaboration avec les élèves autistes de l’école de l’étincelle (CSDM), une élève raconte qu’elle ne pensait pas que la création d’un pictogramme sur le thème du sport l’amènerait un jour à jouer au basket avec un élève autiste. Pour sa part, le projet Fais-moi un signe, grâce à la collaboration de quatre élèves sourds de l’école Lucien-Pagé (CSDM), aura permis à 220 adolescents de créer une vidéo collective interactive sur les modes de communication des malentendants. De son côté, le projet Correspondance, présenté au Prix Essor en 2009, aura encouragé l’élève à faire un clin d’œil à Sophie Calle, l’une des dix meilleures artistes dans le monde.

Pour que l’élève puisse apprendre, il faut lui offrir du matériel didactique et des mises en situation qui favorisent son développement en tant que personne (son autonomie, la collaboration, etc.) ainsi que ses habilités mentales fondamentales (analyser, synthétiser, etc.). Lorsque la parole lui est donnée, l’élève apprend davantage.

C.F. :   Peux-tu parler un peu du projet Gallacti_Cra?

N.C. :  Gallacti_Cra est un concours intergalactique. Il propose aux élèves de créer un groupe de musique dans une perspective futuriste. Dans ce projet, il est phénoménal de constater que la place de la musique est très importante durant la période de l’adolescence. De plus, si les musiques dites « actuelles » sont associées à la culture du jeune, d’un point de vue anthropologique, l’identité du jeune se construit également autour d’une « tribu », d’un style musical. Cette liberté encourage l’élève à être « soi » et en même temps « hors de soi » ou en dehors de sa réalité quotidienne. Lorsque l’élève communique son affirmation de soi en montant sur scène, il se met dans une situation positive face à lui-même et reconsidère le rôle de la musique.

C.F. :   Comment décrirais-tu l’influence que tu as sur tes élèves?

N.C. :  Cette influence est nettement partagée et réciproque. Le Créa_lab est né de ce désir de l’élève de collaborer avec une enseignante qui est passionnée par sa profession. Nous formons donc une équipe et, par conséquent, nous échangeons nos informations. En début de cours, il m’arrive souvent de leur montrer quelques trouvailles intéressantes sur Internet. Ils font de même. Certains m’écrivent le soir et m’envoient des vidéos clips, des photographies qui leur font penser à un projet, d’autres m’envoient des réalisations personnelles ou des vidéos qu’ils réalisent avec leurs amis. On se nourrit mutuellement. C’est essentiel si je veux comprendre le monde qui m’entoure et les encourager par la suite à développer leur personnalité. L’enseignement doit être le moteur de la disponibilité, de la curiosité, de la méthode, de la patience et de l’intégrité envers les élèves et le milieu scolaire.

C.F. :   Où puises-tu principalement ton inspiration en termes de sources ou de références?

La majorité de mes inspirations naissent de mes propres expériences de vie, de lectures personnelles (bandes dessinées indépendantes, magazines, articles d’actualité et romans divers, etc.), d’une bribe de conversation, d’une image regardée furtivement, de la découverte d’un artiste  et, surtout, de mes échanges avec les élèves. Tout peut devenir inspiration, il suffit d’être connectée à soi-même et avec le reste du monde, qu’il soit réel ou virtuel! En outre, les références mentionnées à la fin de cette entrevue, dont notre PFÉQ, sont fort instructives!

C.F. :   Merci Nathalie de t’être dévoilée avec ce dynamisme contagieux.

N.C. : Tout le plaisir était pour moi. Merci à toi Christine.

Références

Bégaudeau, F. et Sorman, J. (2010). Parce que ça nous plaît : L’invention de la jeunesse. Paris : Larousse.

Fize, M. (2009).  Antimanuel d’adolescence : Toute la vérité rien que la vérité sur les adolescents. Montréal : Les Éditions de l’Homme.

Gouvernement du Québec: MELS. (2007). Programme de Formation de l’école québécoise, enseignement secondaire, deuxième cycle.

Gouvernement du Québec: MELS. (2004). Programme de Formation de l’école québécoise, enseignement secondaire, premier cycle.

INJEP (2003). Passeurs de culture : Pratiques culturelles des jeunes. Institut National de la Jeunesse et de l’Éducation Populaire. France <http://www.passeursdeculture.fr/-Pratiques-culturelles-des-jeunes-.html> (consulté en février 2011)

Ito, M. et al. (2010). Hanging Out, Messing Around, and Geeking Out: Kids Living and Learning with New Media. Cambridge: The MIT Press.

Richard, M. (2005). Culture populaire et enseignement des arts : Jeux et reflets d’identité. Ste-Foy : Presses de l’Université du Québec.

Sattouf, R. (2007). La Vie secrète des jeunes. Paris : L’Association

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Contact: faucher.christine@uqam.ca

[1] Lip dub : (anglicisme : « clip promo chantant ») Vidéo réalisée en playback [faire semblant de chanter sur un enregistrement] et en plan-séquence par des collaborateurs au sein du milieu professionnel et généralement destinée à une diffusion sur Internet ou autres réseaux. (Wikipédia, consulté en février 2011)

[2] Vimeo :  Site Web communautaire destiné au partage et au visionnage de vidéos créées par les utilisateurs. […] Vimeo n’autorise pas les vidéos commerciales, les enregistrements de jeux, la pornographie, ou quoi que ce soit non créé par l’utilisateur. (Wikipédia, consulté en février 2011)

[3] « En 30 minutes, le dimanche soir à 18h30, Vlog vous propose un compte-rendu des meilleurs vidéos, webtélés et sites Internet qui font buzzer la planète. » C’est ce que l’on peut lire sur la page d’accueil du site Web de cette émission de télévision animée par Dominic Arpin. <http://tva.canoe.ca/emissions/vlog/> (consulté en février 2011)

[4] Christine Faucher, doctorante en études et pratiques des arts à l’UQAM, a conduit son « terrain » de recherche avec des élèves de Nathalie Claude. Le titre provisoire de sa thèse est : Jeunesse cyborg et captures d’écrans : de l’entrevue à une saisie des pratiques culturelles d’élèves de la troisième secondaire dans le cyberespace.

[5] « MEL.Z » est le nom d’écran MSN (messagerie instantanée) de la jeune vedette de la vidéo.

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