LETTRE À UNE JEUNE ENSEIGNANTE

par Jean-Eudes Fallu

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Jean-Eudes Fallu

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Biographie

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    Montréal, 21 août 2011

    Ma chère Camille,

    En ce doux et agréable matin d’été qui s’ébranle vers notre classique automne coloré, quel ravissement de recevoir ta missive ornée d’une œuvre de Louise Bourgeois, une artiste prodigue, récemment disparue, que j’estimais fortement.!

    Que le temps file ! Voilà ton baccalauréat en enseignement des arts terminé et j’apprends que tu  entreprendras dans quelques jours ta première année d’enseignement. À la bonne heure !  Enseigner est une des plus noble expérience humaine qui soit. Apprendre, lire, anticiper, analyser, imaginer, connaître, partager, aider, comprendre, évaluer, améliorer, voilà l’univers fabuleux qui s’ouvre à toi, professeure et artiste.

    « Ce qu’il nous faut à nous, C’est l’étude sans trêve, C’est l’effort inouï, le combat sans pareil.

    C’est la nuit, l’âpre nuit du travail, d’où se lève, Lentement, lentement, l’œuvre, ainsi qu’un soleil ! »

    Paul Verlaine

    Gentiment, tu sollicites quelques opinions sur la rentrée scolaire, ces fameux premiers moments qui nous imprègnent et sur cette fascinante carrière que tu entreprends parallèlement à ta pratique artistique..Certes, on peut ressentir un peu d’inquiétude, et parfois même de l’angoisse, au regard de l’inconnu : ces nouveaux élèves et ces nouveaux collègues aux diverses personnalités, ces nouveaux lieux de travail, etc. Quant à moi, j’ai souvent associé ce trac de l’enseignant à celui des comédiens avant d’entrer en scène ou au sportif qui ressent ce malaise avant sa performance. Pour ma part, je considère riche cette étape d’appréhension, de fébrilité ou de déséquilibre qui nous permet de mobiliser nos compétences en quelque sorte.

    La tâche d’un professeur d’arts plastiques comporte tellement d’éléments d’organisation. Revisiter et renouveler ses stratégies relativement à la planification, aux objectifs de programme, à l’évaluation, à l’utilisation de techniques et de matériaux divers; travailler à l’élaboration de projets impliquant les étudiants (expositions), à des activités parascolaires en prolongement du cours d’arts plastiques, et ce, en collaboration avec les lieux de diffusion de l’art de culture de ton milieu quand ce sera possible…

    En début d’année, c’est le moment propice de mettre en place un type personnel de codes, de procédures pour le bon fonctionnement de ta classe afin de faciliter les apprentissages et aussi dans le but d’éviter les inconduites, les conflits. Avec humour, je disais à mes élèves « on va vraiment commencer à s’apprécier vers la mi-octobre ».  D’ici là, que d’ardeur à apprendre et à fonctionner ensemble! Planifier un accueil chaleureux pour les étudiants, être attentif aux difficultés de ses élèves, être sensible à leur anxiété, pour quelques-uns, m’apparait très important. Les rendre confiants, peu à peu, et ensuite les amener à des tâches plus complexes voilà un beau défi. Je te suggère d’échanger des idées, des réflexions avec tes collègues, et de profiter de leur expérience pour peaufiner tes propres stratégies pédagogiques.

    Ce qui est fascinant, ma chère nièce, dans notre profession d’éducateur – conscient que l’éducation artistique est tout aussi fondamentale que l’étude des langues, de l’histoire et des sciences – c’est assurément d’initier des personnes à la pratique des arts et de faire la démonstration  que nous pouvons continuellement refaire le monde. Avec peu de matière, une feuille blanche, des couleurs, un écran d’ordinateur, du fil de fer ou une motte d’argile, nous réalisons des images, des objets originaux et uniques. De plus, les processus de la créativité en éducation mènent à la formation d’individus plus conscients et souvent capables de rechercher et de trouver de multiples solutions à toutes sortes de questionnements et de situations, sans négliger notre constante recherche d’amélioration de la qualité de vie.

    J’ai aussi réalisé, durant mon parcours en enseignement des arts plastiques, qu’il nous faut ré-apprendre à observer, à écouter, à étudier, à dessiner, à peindre. De multiples opportunités s’offrent à nous pour enrichir cette trajectoire : la pratique artistique, les expositions en solo ou en collectif, les études, les lectures (Vision), la participation à des conférences, à des colloques ou des congrès d’association professionnelle (AQÉSAP). La fréquentation d’ateliers d’artistes, de galeries et de musées, les voyages à l’étranger sont aussi des moyens de perfectionnement importants. Nous goûtons réellement au bonheur quand s’engage dans son domaine et quand on s’investit pleinement.

    Dernièrement, Camille, j’ai ressorti de mon armoire aux trésors un portfolio de dessins et de peintures de ta petite enfance et de ton adolescence. J’ai parcouru, comme tu peux le faire maintenant,  ton cheminement graphique. J’ai observé que, très tôt, tu démontrais une belle assurance dans tes gestes et, particulièrement, dans l’utilisation de la couleur. Dans la famille, nous voilà cinq personnes ayant évolué dans le domaine artistique. Il nous faudra un jour, pour le plaisir, scruter notre généalogie et vérifier le travail et les loisirs de nos ancêtres.

    Chère Camille, connaissant ton enthousiasme et ta rigueur, je peux te prédire une heureuse  carrière et je te souhaite de vivre cette première année d’enseignement des arts plastiques avec plaisir, succès et dans le ravissement.

    Amitiés et salutations à toi et aux tiens,

    Jean-Eudes

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