Rendre visible les gens par l’art communautaire!

par Claude Majeau

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Claude Majeau

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    Avant-propos

    Claude Majeau est artiste-enseignante, mais a travaillé plus de 17 ans pour des organismes communautaires, dont 11 ans pour la Fédération des locataires d’habitations à loyer modique du Québec (FLHLMQ). Elle connaît donc les particularités de ce milieu, ainsi que ses besoins et ses ressources. Son intérêt pour l’intervention dans la communauté et sa passion pour les arts l’ont menée à s’associer à Emilie Tremblay, collègue artiste-enseignante, afin de créer un projet d’art communautaire. Ensemble, elles ont élaboré un atelier de création qui a été expérimenté une première fois en automne 2009, avec les membres d’un comité de locataires. Ces derniers, ayant bien voulu se prêter au jeu en travaillant en collaboration avec les deux artistes, ont réalisé une œuvre collective très intéressante qui orne maintenant un mur du bâtiment. Suite à cette expérience positive, elles ont décidé de concevoir un atelier de création collective à plus grande échelle, lors du congrès de la Fédération des locataires d’habitations à loyer modique du Québec (FLHMLQ).

    Se tenant en juin dernier, le congrès de la FLHLMQ réunissait plus de 230 personnes issues de milieux défavorisés et vivant en HLM, dont la grande majorité était des personnes âgées. Le lien qui unissait ces gens provenant des quatre coins du Québec était donc leur implication dans leur association de résidents respective. L’objectif de ce projet était de faire vivre une expérience artistique signifiante à des personnes ayant peu de contact avec l’art, mais également de réaliser une création collective afin de sortir de l’ombre ces gens qui se dévouent quotidiennement pour améliorer leur milieu de vie.

    L’atelier : rencontres et contact avec la matière

    Dans un premier temps, tous les congressistes ont été appelés à réfléchir à leur propre contribution dans leur milieu et à inscrire sur une feuille ce qu’ils considéraient comme étant leurs qualités ou compétences les plus signifiantes. Découpés ou déchirés, ces écrits ont ensuite été recueillis dans le but d’être intégrés ultérieurement aux réalisations.

    Dans un deuxième temps, les participants étaient conviés à laisser leur empreinte dans la matière en moulant une partie de leur corps. Pour ce faire, nous avons choisi d’utiliser la technique de la pâte de sel que nous avions découverte lors du congrès de l’AQÉSAP, en 2009. Nous estimions qu’elle se prêtait bien à ce type d’atelier puisqu’il s’agit d’une technique qui nécessite des matériaux familiers (farine, sel, eau). À notre grande surprise, les congressistes ont été très réceptifs et le taux de participation a surpassé nos attentes. En effet, tout au long de la première journée du congrès, les gens sont venus en grand nombre afin de faire mouler leur visage, leur main, une oreille, leur bouche, leur pied et même… leur nombril! En tout, nous avons recueilli plus de 80 moulages.

    Dans un troisième temps, au fur et à mesure que les participants venaient à la table de moulage, ils étaient invités à imprimer l’empreinte de leur clé de logement dans l’argile, afin de symboliser ce qui les unissait. Ces bas-reliefs d’empreintes, ainsi que les nombreux artéfacts issus des moulages, ont ensuite été disposés, assemblés et collés sur des plaquettes de bois pressé enduites d’un apprêt blanc.

    Le lendemain, une quarantaine de participants, qui s’étaient préalablement inscrits à notre atelier de création artistique, ont travaillé à finaliser les réalisations. Ces derniers étaient appelés à intervenir sur la plaquette de leur choix en intégrant des fragments d’écrits et en appliquant une patine avec de la cire à chaussure colorée. Pour les participants, cet atelier était à la fois une rencontre avec la création artistique et une occasion d’échanger et de tisser des liens avec des gens de différents milieux.

    Les plaquettes ont finalement été accrochées et exposées dans la grande salle de conférence, afin de permettre à tous de pouvoir les observer. Réunies, elles formaient une sorte de mosaïque de fragments humains, mais individuellement chacune d’elle révélait un univers intimiste et singulier.

    L’art comme outil d’intervention dans un milieu

    De façon générale, le terme « art communautaire » est employé pour désigner un projet dans le cadre duquel un artiste s’allie à une communauté donnée, afin de réaliser une œuvre collective. Un des  buts premiers de cette forme d’expression est de cibler certains aspects de la vie qui unit les membres d’un groupe, pour ensuite en faire une création plastique. Ce qui est particulier à ce type d’expérience, c’est qu’elle ne requiert pas des volontaires, des aptitudes artistiques particulières, mais simplement une attitude d’ouverture. Dans le cadre de ce projet, en utilisant une approche cordiale et inclusive, nous avons souhaité amener ces gens à percevoir l’art comme étant quelque chose d’accessible. En laissant leur trace dans la matière, ils participaient à une forme de création collective et pour la grande majorité de ces gens, il s’agissait là d’un tout premier contact avec l’art. Nous avons été surprises de constater avec quel enthousiasme les volontaires se précipitaient afin qu’on leur dévoile les résultats de leur moulage. Visiblement, le fait de pouvoir se voir à travers la matière a exercé une réelle fascination sur l’ensemble des participants. Tout au long du processus, les gens revenaient à l’atelier pour voir l’évolution du projet auquel ils avaient contribué. Selon les témoignages des participants, l’activité leur a permis, non seulement d’être initié à différentes techniques artistiques, mais aussi de se rencontrer dans un cadre différent et de partager leur expérience dans une atmosphère conviviale. Plusieurs membres de comités et certains représentants d’organismes qui étaient présents lors de l’événement nous ont fait part de leur intérêt face à ce projet et ont sollicité nos services afin de renouveler l’expérience dans leur milieu. Nous estimons que ce fut donc une expérience singulière et enrichissante pour ces derniers, tout comme ce le fut pour nous.

    Quelques éléments gagnants pour ce type d’intervention

    Bien modestement, à la suite de notre expérience, nous avons tenté de cibler quelques facteurs qui semblent être essentiels à la réussite d’un projet d’art communautaire de ce genre. Premièrement, avant de s’aventurer dans un projet d’envergure, il est bien sûr préférable d’expérimenter celui-ci à plus petite échelle. Dans le cas qui nous concerne, nous avions d’abord réalisé un projet expérimental sur un groupe plus réduit à l’automne 2009. Puis, nous avions également toutes les deux exploré séparément le même type de démarche en milieu scolaire, avec des élèves de niveau secondaire. Ce faisant, nous étions donc tout à fait à l’aise avec l’aspect technique de l’atelier. De plus, il nous semble essentiel d’avoir la confiance et le soutien de l’organisme avec lequel nous collaborons, mais également de connaître le milieu pour savoir de quelle manière approcher le public visé. En l’occurrence, une intervention artistique de ce type doit d’abord et avant tout partir de préoccupations humaines et répondre à un besoin bien cerné. Dans un même ordre d’idée, nous avons pu constater qu’il était rassurant pour les participants que l’aboutissement de la création soit le cumul de gestes collectifs et non le travail d’une seule personne. En effet, il faut garder à l’esprit que l’art communautaire s’inscrit dans la même lignée que l’art relationnel; où les liens qui se tissent et l’expérience vécue font partie intégrante des résultats de la création collective. Accorder une place privilégiée au cheminement et au processus de création, plutôt que de miser sur la valeur esthétique du résultat matériel, c’est en partie ce que cette approche nous apprend. Il s’agit là d’une matière à réflexion intéressante pour les pédagogues que nous sommes…

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