Une approche insolite de l’art contemporain!

par Christelle Renoux

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Christelle Renoux

Responsable des publics et de la mediation culturelle, Musee d’art contemporain des Laurentides

Biographie

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    Scène inhabituelle au Musée d’art contemporain des Laurentides : la médiatrice culturelle, qui accompagne les enfants dans leur déambulation de l’exposition de Bill Vazan, est silencieuse. Elle s’est transformée en mime, après avoir enfilé des gants blancs, juste avant de pénétrer dans les salles d’exposition. À l’intérieur, elle écoute les commentaires de ses visiteurs en herbe concernant les œuvres abstraites et leur répond par des gestes, des signes ou des expressions avant de relancer les discussions par des questions inscrites sur des T-shirts[1]. Les jeunes visiteurs participent à une visite « muette » !

    Une expérience hors norme pour les clientèles scolaires

    Aux portes du Musée, la médiatrice culturelle enlève le premier T-shirt complètement noir qui en laisse apparaître un second ayant une inscription :

    Va t’asseoir devant une œuvre qui te fait penser au voyage[2].

    La porte s’ouvre et les élèves se faufilent pour commencer leur propre voyage dans l’exposition. La médiatrice capte l’attention des jeunes visiteurs à l’aide d’un bâton de pluie. Son doux bruit interpelle les enfants. En plus de mimer les actions, la médiatrice pointe une deuxième question écrite dans son dos, demandant aux élèves pourquoi l’œuvre qu’ils ont choisie leur fait penser au voyage. L’effet est étonnant : ces derniers deviennent attentifs au moindre geste mais surtout ils sont à l’écoute de leurs camarades ou amis. Les liens se créent alors entre les œuvres et les visiteurs, mais également entre les enfants. Certains élèves se répondent, argumentent et expliquent leur choix ou leur point de vue, puisque la médiatrice est « muette », donc presque inexistante comme référence. Elle accompagne les jeunes visiteurs dans leur découverte commune et active leurs échanges par l’apparition de nouveaux T-shirts donc de nouvelles questions ou indications :

    À quel genre de voyage ? À ton avis, qui a laissé cette trace ?

    Cette technique d’animation laisse toute la place à l’imagination des enfants, à leur perception, à leurs émotions ou à leur ressenti face aux œuvres conceptuelles de Bill Vazan, sans pour autant déformer les propos de l’artiste. Les échanges sont également favorisés autour de l’œuvre Le Canada entre parenthèses où un système de pochettes contenant une bande dessinée, sous forme de cartes, permet aux enfants d’interagir pour reconstituer l’histoire de la création de l’œuvre.

    À travers cette visite, les élèves partagent donc un voyage dans l’univers de l’artiste et s’approprient le parcours, les explications. Leur référence au médiateur s’atténue, voire s’efface, pour faire place à celle de leurs camarades.

    Une exposition incitant la création d’outils de médiation insolites

    Bill Vazan est un artiste réputé internationalement, notamment pour ses photographies, ses sculptures gigantesques ou ses projets conceptuels. L’exposition « Soundings » de la planète bleue fait partie de cette dernière catégorie. L’artiste y réalise une sorte de catalogue artistique qui nous permet de suivre la trajectoire de ses voyages internationaux. Plutôt qu’une présentation « sèche » de ses matières, tel un cabinet de curiosité, il a décidé de les passer par

    une transformation liquide (avec du médium acrylique). Dans son idée, c’est un peu comme notre composition humaine puisque l’eau constitue une grande partie de notre organisme. C’est aussi une référence subtile au fait que nous sommes de la poussière animée par l’eau. Mais il parle également de la planète où les océans et les mers occupent la majeure partie. D’où la planète bleue. Selon la consistance des matériaux, Bill Vazan les verse, les coule ou les dépose sur le papier un peu comme des splash. Chaque site visité sur la planète bleue évoque en lui un splash, une résonnance (soundings).

    Les 140 splashes exposés au Musée ont fait réagir les publics : « qu’est-ce que c’est que ce truc ? », « on dirait des barbeaux», « c’est du n’importe quoi », « je faisais les mêmes dessins à la maternelle » ou encore « c’est dégueulasse »[3].

    Par conséquent, les œuvres de Bill Vazan étant un exemple idéal de l’image déroutante ou « OVNI » de l’art contemporain pour nos publics, l’exposition s’avérait donc le laboratoire adéquat pour expérimenter de nouvelles formes de médiation culturelle. Ici, par exemple, le médiateur est le déclencheur ou l’entremetteur entre les objets, les visiteurs et le contexte, mais également entre les visiteurs[4] eux-mêmes. La médiation idéale est celle où le médiateur dit le moins de choses et où le public interagit le plus possible, d’où l’idée d’une visite dite muette favorisant une rencontre directe entre les œuvres d’art et le visiteur. Cette expérience a incité les jeunes visiteurs à prendre confiance, à confronter leurs hypothèses, à se mettre en action et à participer au processus d’élaboration du contenu. Ils se sont également sentis actifs et pris en compte, ce qui a suscité plus d’échanges. Ils ont développé leurs propres outils de compréhension et pris du plaisir[5].

    Une stratégie audacieuse et adaptée aux divers  publics

    Aujourd’hui, comme tous les autres jours de la semaine au Musée d’art contemporain des Laurentides, l’équipe de médiation propose des visites participatives pour les publics scolaires, adaptées à tous les ordres d’enseignement (du préscolaire au secondaire). Cette visite « muette » insolite, créée spécialement pour l’exposition de Bill Vazan, s’avère une démarche audacieuse et singulière qui s’inscrit dans la volonté du Musée de favoriser l’appropriation des œuvres par les élèves. Ces derniers peuvent vivre une réelle expérience de visite.

    Suite à cette visite originale, les élèves étaient invités à réaliser eux-mêmes une sorte de mini-cabinet de curiosité dans l’atelier artistique. En s’inspirant de la démarche de l’artiste, ils inventaient un parcours de voyage et récoltaient les matériaux correspondant pour les mettre en pot. Ils réalisaient, ensuite, des splashes miniatures puis identifiaient la provenance des matériaux.

    Le Musée aime innover et a toujours le souci d’offrir des outils de médiation culturelle adaptés à ses différents publics.

    [1] Idée inspirée d’une expérience de visite pour les adultes au  MAC/VAL (Musée d’art contemporain du Val-de-Marne, France)

    [2] Pour les élèves du préscolaires, un adulte était désigné, avec un mime, par la médiatrice pour lire à voix haute le texte inscrit sur le T-shirt.

    [3] Propos recueillis lors des visites et par sondages.

    [4] Formation  de la Société des Musées Québécois sur les animateurs,  Marie-Thérèse Bournival et Monique Camiran – Définition de l’observatoire québécois du loisir, bulletin La médiation culturelle : stratégie favorisant la fréquentation des institutions culturelles, volume 9, numéro 11 – 2012

    [5] Suivant les observations lors des visites ainsi que les appréciations remises par les professeurs.

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