UNE VILLE EN PAPIER À L’ÈRE NUMÉRIQUE

par Cathy Jolicoeur et Marie-France Bégis

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Cathy Jolicoeur et Marie-France Bégis

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    Le projet de médiation culturelle dont rendra compte cet article s’est déroulé dans différentes écoles primaires et secondaires du centre de services scolaire Marie-Victorin. Il prend appui sur la carrière du créateur Claude Lafortune dont les œuvres sculpturales narratives sont entièrement réalisées en papier. Échelonnée sur près de 60 ans, la carrière artistique de ce créateur longueuillois a su marquer trois générations de Québécoises et de Québécois. Intitulée Longueuil en papier à l’ère numérique : passe ton ciseau au suivant! la médiation proposait à 373 élèves de découvrir la portée de ce travail de création, de l’envisager comme source d’inspiration artistique en tirant profit du potentiel des nouvelles technologies.

    Dans le cadre de ce projet de médiation multidisciplinaire, nous avons uni nos forces comme commissaire (Marie-France Bégis) et comme artiste-pédagogue et coordonnatrice (Cathy Jolicoeur). Instigatrice du projet, cette dernière est enseignante en art à l’école Christ-Roi. Le projet a bénéficié du précieux soutien d’enseignant.e.s de la Montérégie, spécialisé.e.s en arts plastiques ou en sciences et technologies. Le projet collaboratif a offert la possibilité d’explorer à la fois les techniques du travail du papier, relatives à la création en trois dimensions, et les outils permettant la conception d’œuvres tangibles grâce à l’utilisation du numérique. L’initiative a permis d’interroger la manière par laquelle la culture et la technologie peuvent façonner la notion d’espace à travers les pratiques artistiques, et ce, afin d’imaginer l’avenir des arts visuels au sein des humanités numériques. Le projet s’est déroulé sur une période de deux ans de juin 2019 à juin 2021.

    Dans un premier temps, un travail de recherche a permis d’identifier et de réunir les éléments nécessaires au bon déroulement du projet de médiation. Il s’agit principalement des matériaux employés, tels le papier et le matériel audiovisuel portant sur l’œuvre de Claude Lafortune, lequel allait servir à le faire découvrir aux élèves. Au cours des mois d’octobre et de novembre 2019, les élèves ont commencé, en classe, à donner forme à leurs premières créations en papier et en carton destinées à la réalisation collective de leur ville. Les jeunes ont été conviés à imaginer une version idéale de leur ville, « futuriste et verte », c’est-à-dire pour eux respectueuse de l’environnement et en phase avec les nouveaux médias.

    C’est à ce moment de la démarche de création que Claude Lafortune est allé à leur rencontre. Les élèves et les enseignant.e.s de différentes écoles primaires et secondaires régulières, ainsi que l’École régionale du Vent-Nouveau – dont les élèves, multihandicapés, sont âgés de 12 à 21 ans – ont accueilli l’artiste lors d’ateliers-causerie. Petits et grands ont tous été émerveillés et subjugués par sa présence. Nous n’entendions plus que le bruit de ses ciseaux lorsqu’il a, au grand bonheur de tous, – découpé une colombe les mains derrière le dos! Du haut de ses 83 ans, Claude Lafortune n’avait pas perdu son charisme. À la demande générale, les enfants ont demandé un rappel de cette présentation magique. Plusieurs élèves se sont mis à découper du papier après cette performance et ont eu l’occasion de poser des questions au créateur prolifique en lien avec sa pratique; il aura su à jamais marquer leur imaginaire.

    La réalisatrice Tanya Lapointe et son équipe ont rendu visite aux élèves multihandicapés de l’école du Vent-Nouveau dans le cadre de son documentaire Lafortune en papier, mettant ainsi en valeur le côté profondément humain de l’artiste derrière ses ciseaux. Tout comme il l’a fait lors de ses émissions de télévision ainsi qu’avec les jeunes qui ont participé à ce projet, on (re)découvre que la vie et la pratique artistique de Claude Lafortune célébraient la diversité et l’inclusion.

    Dans les mois qui ont suivi, les élèves des différents établissements scolaires ont poursuivi la réalisation d’éléments architecturaux et de personnages urbains en papier et en carton. Lors du processus, les enfants et les adolescents ont graduellement été sensibilisés aux différents aspects liés aux nouvelles technologies grâce à la venue, en classe, de spécialistes et de techniciens du centre de services scolaire ainsi que d’ingénieurs de la compagnie Pratt & Whitney Canada. L’apprivoisement des différentes possibilités offertes par les nouvelles technologies, et les besoins qui ont alors émergé, a entraîné la tenue de formations pour les enseignant.e.s et plusieurs élèves, dont l’une offerte au Fablab du centre Le Moyne-D’Iberville. Parallèlement, sur le plan technique, l’assemblage et le calibrage des différentes imprimantes 3D ont exigé d’innombrables essais et échanges entre les enseignant.e.s et les spécialistes en place. L’acquisition de ces nouvelles compétences et l’utilisation des équipements numériques ont nécessité, tant pour les enseignant.e.s que pour les élèves, un engagement individuel et collectif ainsi qu’un travail de collaboration et de partenariat inédit.

    Au cours de l’hiver 2020, les élèves ont exploré comment les nouvelles technologies et l’impression 3D pouvaient contribuer à la création d’éléments urbains et être intégrés à une œuvre collective donnant à voir leur conception d’une ville citoyenne idéale. Encouragés à développer leurs idées par le dessin numérique, les élèves ont été invités à participer à l’ensemble des étapes de réalisation. De la modélisation graphique aux tentatives d’impression 3D, en passant par l’application de multiples correctifs, les élèves et les enseignant.e.s ont rapidement fait l’expérience du niveau de complexité inhérent à la réalisation d’une telle œuvre.

    Longueuil en papier à l’ère numérique : passe ton ciseau au suivant! a permis la cohabitation, dans un ensemble ludique et harmonieux, des créations artistiques tridimensionnelles en papier et des éléments réalisés par impression 3D. Dans un tel contexte, le travail de médiation culturelle permet d’illustrer les possibilités offertes par des pratiques de création complémentaires en arts visuels. Combinant le numérique et l’art du papier, il est également l’expression d’un virage réel, bien qu’exploratoire de la pratique de l’enseignement des arts au primaire et secondaire vers l’intégration des nouvelles technologies. Ce travail de médiation nous demande de poser un regard sur des pratiques artistiques de prime abord très éloignées, mais dont la poursuite d’un même objectif de création a permis de créer un ensemble cohérent.

    Soulignons que les enseignant.e.s en art Eve Filteault (école régionale du Vent-Nouveau), Nadine Drolet (école secondaire de l’Agora), Marie-Claude Préseault (école des Saints-Anges), Dany Francis (école secondaire Mgr-A.-M.-Parent) et Karine Lachance (école primaire internationale de Greenfield Park) ont participé activement à chacune des étapes et su accompagner efficacement leurs élèves tout au long du projet multidisciplinaire. En ce qui a trait à l’apport sur le plan technologique, Dominique Pissard et David Auger ont fourni un soutien essentiel en ce qui a trait à l’apprentissage et à l’acquisition des nouvelles technologies au sein des apprenant.e.s du centre de services scolaire Marie-Victorin. Pour sa part, l’enseignant en sciences et technologies du Centre d’éducation des adultes Le Moyne-D’Iberville, Sylvain Brunet, s’est avéré une ressource scientifique, pédagogique et technique indispensable tout au long du processus de création des élèves.

    Ce projet collaboratif d’envergure a fait l’objet d’une exposition présentée dans différents lieux de diffusion à travers la municipalité de Longueuil dans le cadre de l’événement Printemps culturel organisé par la ville. L’exposition, terminée en juin 2021, a proposé un parcours des arts éclaté dévoilant ainsi des pans de la ville futuriste. Le projet s’est vu décerner le prix de reconnaissance Essor[1] dans la catégorie Initiative en décembre 2021. En plus de la participation engagée de l’ensemble des acteurs, nous avons pu compter sur l’appui du Bureau de la culture de Longueuil[2], du ministère de la Culture et des Communications ainsi que d’autres partenaires publics et privés.


    Notes

    [1] Le prix de reconnaissance Essor, créé en 1996, est remis par le ministère de l’Éducation. Il a pour objectif d’encourager et de soutenir l’intégration de la dimension culturelle à l’école en récompensant annuellement les projets d’enseignant.e.s et d’acteurs scolaires se démarquant par leur richesse, leur signifiance et leur envergure. Le volet Initiative du prix, dans lequel s’inscrit Longueuil en papier à l’ère numérique : passe ton ciseau au suivant! vise à reconnaître un projet qui se distingue par le dynamisme qu’il a su insuffler aux milieux scolaire et culturel de sa communauté.
    [2] L’action du Bureau de la culture de Longueuil est encadrée par l’Entente de développement culturel conclue entre la ville et le ministère de la Culture et des Communications.
    Citer cet article :
    Jolicoeur, C. et Bégis, M-F. (2022). Une ville à l’ère du numérique. Vision (revue de l’Association québécoise des enseignantes et enseignants spécialisés en arts plastiques ) nº 82, juin.
    URL : http://revuevision.ca/une-ville-en-papier/
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