Collectionner les vestiges du temps

par Gabrielle Despots

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Gabrielle Despots

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    Mon stage final en enseignement des arts visuels et médiatiques s’est déroulé à l’hiver 2018 à l’Académie de Roberval, située dans le quartier Villeray à Montréal. J’ai eu la chance d’être accompagnée par madame Isabelle Froment à titre d’enseignante formatrice et madame Christine Faucher comme superviseure. Je devais y piloter un projet de recherche pédagogique singulier et signifiant en regard du contexte scolaire dans lequel j’effectuais mon stage IV. Dans le cadre de ce projet interdisciplinaire, qui a fait l’objet d’une présentation publique le 18 avril dernier à l’UQAM, je devais m’associer à un artiste de mon choix. Il ne s’agissait pas ici de proposer aux élèves de faire une création « à la manière de l’artiste », mais bien de développer un projet à partir de la démarche de celui-ci.

    Marc-Antoine K. Phaneuf pour initier les élèves à l’art actuel

    J’ai un intérêt marqué pour l’art actuel, mais j’ai remarqué que les élèves s’y intéressaient peu, sans doute par manque de connaissance.  Ce projet est donc né de mon désir d’amener mes élèves de 5e secondaire à s’intéresser à l’art actuel. Pour ce faire, je me suis assurée qu’ils soient en mesure de comprendre le vocabulaire et les subtilités qui en découlent. Ainsi, mon souhait était de développer chez les élèves la capacité de reconnaître que la valeur d’une œuvre ne réside pas uniquement dans le travail technique de l’artiste, mais qu’elle se trouve également dans le concept, dans l’idée.

    Mon projet, Collectionner les vestiges du temps, s’appuie sur la démarche artistique de l’artiste multidisciplinaire Marc-Antoine K. Phaneuf. Il s’agit d’un travail ludique et conceptuel réalisé en quatre périodes de 75 minutes. Il permet à l’élève d’expérimenter, à l’intérieur des limites de la classe, l’usage que l’on fait du temps et la valeur qu’on lui accorde, à travers l’accumulation d’objets ou d’actions. L’élève est ensuite appelé à réinvestir ces traces, à travers leur classification et leur documentation. Bref, le projet propose de vivre et de raconter un moment à travers une collection tout en dégageant son potentiel narratif. L’élève doit choisir lui-même les matériaux et les accessoires (s’il y a lieu) avec lesquels il constitue cette collection, ainsi que les actions qu’il choisit de faire par rapport à celle-ci. Pour faciliter le déroulement de l’activité, j’ai proposé à mes élèves un plan d’élaboration qu’ils devaient remplir et que je devais approuver avant la réalisation de leurs projets. De plus, à la fin de chacune des quatre périodes, je leur demandais de commenter leur expérience dans un carnet de traces.

    MC Gilles : un collectionneur passionné

    Comme Marc-Antoine K. Phaneuf n’était malheureusement pas disponible cet hiver, je n’ai pas réussi à le faire venir en classe. Mais le projet me tenait à cœur et ses préparatifs allaient bon train, j’ai donc choisi de persévérer et d’inviter un intervenant culturel à la place. Désirant organiser la visite en classe d’un collectionneur, j’ai pensé à MC Gilles (Dave-Éric Ouellet) connu, entre autres, pour son travail d’animateur à la radio et à la télévision. Collectionneur aguerri, il a accepté de venir à l’Académie, et a su capter l’attention des élèves. Il a longuement discuté avec eux de sa passion pour la collection de disques vinyle et de la valeur qu’il accorde à ses précieux objets. Il leur a ensuite expliqué comment cette passion avait en quelque sorte changé sa vie.

    Sur le plan pédagogique, les réalisations des élèves devaient répondre à la question mobilisatrice suivante : comment puis-je documenter le temps par la collection, la répétition et par la création ? Je suis très fière d’affirmer qu’ils ont tous et toutes travaillé très fort sur leur création personnelle et que, ce faisant, ils ont acquis plusieurs nouvelles connaissances leur permettant de comprendre les grandes lignes de l’art contemporain et plus spécifiquement de l’art conceptuel. Aussi, puisque le projet s’articule autour de l’accumulation et de la collection, j’ai pu leur enseigner quelques brèves notions se rapportant au domaine général de formation Environnement et consommation. L’entièreté du projet s’est déroulée sur neuf périodes, incluant la visite de l’invité. À la fin du projet, les élèves ont installé leurs œuvres conceptuelles dans la classe et devaient en faire une brève présentation. Pour leur faciliter la tâche et les encourager, j’ai créé un jeu interactif leur permettant de parler plus volontairement de leurs travaux.

    Un projet porteur de sens pour les élèves et moi

    Mon projet a été signifiant pour les élèves, puisqu’à leur âge, ils ont dans la plupart des cas un intérêt pour la collection ; ils collectionnent des cailloux, des cartes à jouer, des figurines ou n’importe quel type de babioles. Comme ils s’intéressent aussi aux objets de consommation et à leur valeur, le projet leur a permis d’entamer une réflexion sur les notions de consommation, de matérialité, de provenance des objets, etc. Je pense que les retombées éducatives de Collectionner les vestiges du temps ont été nombreuses tant pour les élèves que pour le milieu. Mes élèves n’avaient pas l’habitude de travailler avec des médiums numériques ni d’avoir le libre choix des matériaux et des techniques de création, ils ont donc dû développer leur autonomie, leur débrouillardise et leur sens de l’initiative.  En d’autres mots, le projet les a amenés à sortir de leur zone de confort et à s’adapter à de nouvelles façons de créer. Aussi, la venue de l’invité à l’école n’est pas passée inaperçue : elle a suscité l’intérêt des autres enseignants et enseignantes pour le projet.

    En ce qui a trait à ma pratique personnelle, ce projet non conventionnel comportait une grande prise de risques et nécessitait beaucoup d’investissement de ma part. La gestion du matériel, des pépins techniques, des oublis, etc. m’ont forcée à être inventive et engagée.  Toutefois, j’ai la ferme conviction que nous avons terminé ce projet, les élèves et moi, grandis par cette expérience hors du commun et ô combien stimulante. En ce sens je pense pouvoir affirmer : mission accomplie !

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