IMACHINATIONS

par Adriana de Oliveira

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Adriana de Oliveira

Adriana de Oliveira

Accompagnatrice centre turbine pédagogique, Centre turbine

Biographie

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    Que se passe-t-il lorsque des contes écrits par de jeunes auteurs montréalais tombent dans les mains de l’artiste Manon Labrecque et dans l’imaginaire de jeunes arrivants des quatre coins du monde?

    Stimulé par le succès des deux éditions précédentes en 2011 et 2012, le Centre Turbine[1] a reconduit son projet de collaboration entre des artistes en arts actuels et des élèves de l’école secondaire Jeanne-Mance (CSDM). Cette année, l’artiste multidisciplinaire Manon Labrecque a élaboré une série d’ateliers offrant à un groupe de jeunes allophones – nouvellement arrivés au Québec – de réaliser des créations visuelles et sonores, en s’inspirant à la fois de la pratique de l’artiste et de contes écrits par des élèves de 4e et 5e secondaire ayant participé au concours d’écriture Les Zurbains, organisé par le Théâtre Le Clou[2].

    Les jeunes participants du projet Imachinations étaient issus d’une classe d’accueil et originaires de Syrie, du Venezuela, de Russie, de Chine, de Colombie, d’Iran, du Nunavut, de Singapour, du Portugal, de Cuba et de la République dominicaine. Le projet s’est structuré autour de cinq ateliers de création d’une demi-journée, qui ont eu lieu à l’école, et d’une fin de semaine intensive au Théâtre Denise-Pelletier. Par le biais de ces ateliers, les jeunes se sont approprié la photographie, le dessin, la vidéo, le son et la sculpture cinétique.

    LES ATELIERS DE CRÉATION

    Manon Labrecque a commencé les ateliers avec la présentation de sa pratique vidéographique, qui prend racine dans le corps, dans l’attention portée aux sensations physiques et dans le mouvement. Ensuite, l’artiste invitait déjà les élèves, leur enseignant Pierre Chagnon et les accompagnateurs pédagogiques de Turbine, Yves Amyot et Adriana de Oliveira à entrer dans l’univers de sa pratique. Placés en cercle autour d’une caméra vidéo qui tournait, les élèves se sont présentés en répétant leur nom, leur âge, leur langue maternelle et leur pays d’origine. Cet exercice, filmé par l’artiste à différentes vitesses de rotation, fut à l’origine de la première création vidéographique, intitulée 360 degrés[3]. Les visages, les voix et les énoncés, si distincts au début des présentations, se fondent progressivement en un flux lumineux et sonore où l’identité de chacune et chacun se fait collective.

    Dans la deuxième partie de l’atelier, l’artiste a proposé aux jeunes de découvrir et d’explorer le potentiel performatif du corps en s’inspirant de l’expression tomber en bas de sa chaise – expression repérée dans un des contes écrits par de jeunes auteurs du concours Les Zurbains. Sur un tapis rouge, et grâce à une chaise sur laquelle l’artiste a fixé des microphones sensibles au contact, les jeunes performeurs se laissaient tomber en bas de leur chaise en explorant les qualités sonores des frottements et de la pesanteur de leur corps en mouvement. Ces performances, enregistrées et filmées, sont devenues la matière première de la vidéo intitulée La chaise.

    Imachinations s’est poursuivi avec un atelier d’autoportraits explorant la notion du corps-apparence et du corps-intérieur, sujets souvent abordés dans les contes écrits par de jeunes auteurs. Par la photographie et le dessin avec les yeux fermés, chaque adolescent a réalisé une série de trois autoportraits. Par la suite et afin d’initier davantage ces élèves aux caractéristiques du conte littéraire, la comédienne et directrice artistique du Théâtre Le Clou, Monique Gosselin, est venue faire la lecture du conte Un sac qui bouscula une vie. Le « personnage » de ce conte, une croustille (chip), est devenue un matériau inusité de recherche sonore pour créer la vidéo Chips.

    Les deux derniers ateliers ont été consacrés à la création de sculptures cinétiques. Inspirés d’un fragment trouvé dans le conte Aujourd’hui, ça fait deux cent mille ans que je marche, les jeunes ont imaginé le ou les lieux traversés par cette longue marche fictive et les rencontres qui s’y seraient produites. Les sculptures rotatives, qui réunissaient sur des tiges de bois des portraits des élèves, des dessins et des cartons découpés, devenaient sous la lumière des petits théâtres d’ombres cinétiques.

    EXPOSITION

    Les créations réalisées à l’école ont ensuite fait l’objet d’une installation in situ exposée dans le hall du Théâtre Denise-Pelletier. Avec Manon Labrecque, les élèves ont participé au montage de l’exposition, pour connaître concrètement toutes les étapes du processus de création. Le projet s’est conclu par un vernissage réunissant jeunes participants, parents, amis, enseignants, artistes, jeunes auteurs et partenaires, ainsi que la communauté du Centre Turbine.

    Ce projet a permis aux jeunes de vivre une expérience de création authentique en compagnie d’une artiste professionnelle, de s’initier à l’art actuel, de découvrir un aspect de la culture montréalaise par le biais de la lecture de contes écrits par des jeunes d’ici et de la visite d’un théâtre. Et Imachinations a surtout servi d’espace créatif de prise de parole permettant à de jeunes allophones de s’exprimer autrement que par la langue écrite.

    Un projet de partenariat entre le Centre Turbine, Le Théâtre Le Clou, l’école secondaire Jeanne-Mance (CSDM) et le Théâtre Denise-Pelletier

    Ce projet a bénéficié du soutien financier du Ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine et de la Ville de Montréal dans le cadre de l’Entente sur le développement culturel de Montréal.

    Pour en savoir plus sur le projet Imachinations, nous vous invitons à un 5 à 7 jeudi, le 5 décembre. Manon Labrecque, Adriana de Oliveira et Yves Amyot vous présenteront les détails, les anecdotes et plusieurs documents visuels et sonores. Cette rencontre aura lieu au 880, rue Roy Est, Montréal, H2L 1E6, métro Sherbrooke.

    Pour plus d’infomations : info@centreturbine.org

    [1] Turbine est un centre de création, de formation, de recherche et de diffusion de pratiques actuelles en art et en pédagogie. Ces orientations se déploient à travers le développement de projets dans et entre les milieux scolaires, artistiques et communautaires. Le centre propose des espaces de collaboration entre artistes et éducateurs par le biais d’ateliers de formation, de créations pédagogiques, de colloques, de résidences d’artistes et de publication

    [2] Le projet Les Zurbains est un concours d’écriture de contes où 12 jeunes participent à un stage intensif de réécriture.

    [3] Pour le visionnement des vidéos http://www.centreturbine.org/projets/creations-pedagogiques/imachinations

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