Deux enseignants à la semaine des arts de New York

par Gilbert Gosselin

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Gilbert Gosselin

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École secondaire Georges-Vanier

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Nous sommes deux enseignants en arts plastiques au secondaire, amateurs d’art contemporain. Nous sommes allés à la semaine des arts, la artweek de New York pour nous ressourcer, nous inspirer et pour sortir des sentiers battus du milieu de l’art local. En effet, c’est dans ces évènements que se définit le marché de l’art contemporain. Dans ces kiosques, les œuvres sont transigées, négociées et vendues. Nous croyons que pour nous cette « formation continue » s’avère être beaucoup plus une partie de plaisir et contribue grandement à maintenir un engouement pour notre métier et pour entretenir notre passion pour l’art. 

-Première journée-

Avec un peu de fatigue et beaucoup d’attentes, nous sommes allés au Armory show :

l’évènement rassembleur de la semaine des arts qui est aussi l’évènement le plus imposant. L’endroit dégage un certain raffinement dans son éclectisme, au-delà des allures industrielles des lieux, les grands hangars des quais 92 et 94 du Westside de New York. Plusieurs oeuvres nous saisissent, malgré les attitudes un peu trop détachées, voire blasées, de leurs représentants; il y a peu de galeristes et aucun artiste en ces lieux. Le Armory nous rappelle que le marché de l’art est avant tout un marché. D’ailleurs, dans certaines de ces grandes manifestations, il s’en dégage une forte impression de mercantilisme. Tous les acheteurs et mécènes potentiels sont invités avant l’exposition. Ceux-ci ont déjà sillonné les allées, seuls, en quête des meilleurs investissements ou encore cherchant à dénicher l’oeuvre coup-de-foudre qu’ils désirent à tout prix posséder. À tout prix, n’est pas une métaphore: quand généralement on demande un prix, on nous répond nonchalamment: dix, soixante, deux cents, en omettant le mille de la fin. Pourtant, à ce prix, il ne sert à rien d’être avare de mots.

-Deuxième journée-

En guise d’introduction à la journée, le Pulse Artshow propose un accueil à la hauteur de nos aspirations. Tout baigne dans une atmosphère de vernissage, bien que ce soit encore la formule «par kiosques» qui soit en place. Cette foire des arts est plus petite, mais ses œuvres et ses galeristes semblent teintés de ce raffinement ambiant. Les exposants y sont aussi plus affables et volubiles. Les galeristes, présents et d’un abord facile, se prêtent à la discussion avec  nous; bien que nous ne soyons pas des acheteurs potentiels, on ressent une grande ouverture de leur part. Il y a aussi dans ce lieu, un kiosque sur « l’aide aux élèves en arts plastiques », qui propose une activité ludique de photomaton. Il est noble de voir que ce salon tend vers la promotion des arts autrement que par la valeur marchande des oeuvres.
Lors de nos discussions, on nous informe sur les bons coups et les expositions à voir. C’est ce qui nous amène à visiter la foire Independent, à Chelsea, où se trouvent des artistes non-représentés par galeristes. L’organisation est beaucoup plus simple, plus efficace, laissant au public le soin de trouver la perle rare et l’artiste émergeant le plus emblématique. Les oeuvres y sont plus inégales, et leur mise en valeur, moins stratégique. Bien que les artistes semblent y être présents, nous n’y voyons pas un désir de discuter, ce qui me fait comprendre l’importance de la médiation et le rôle finalement du galeriste. Il faut dire qu’un effet de quantité s’installe, le nombre d’oeuvres vues devenant important à un point tel que l’on devient sélectif dans nos observations et une certaine intransigeance s’installe, d’où l’importance de prendre des photos.

La posture radicalement différente du Spring Break Artshow est surprenante: les lieux investis, ceux des bureaux de l’ancienne poste de NYC, sont d’un état de décrépitude tout à fait séduisant et admirablement utilisée par les artistes et leurs commissaires. Pas d’environnement édulcoré ici: des murs défoncés, des tapis sales ou carrément arrachés, mais qui, parmi ces gens d’une énergie déjantée, rendent le lieu attirant, voire sympathique. C’est  notre troisième foire aujourd’hui et bien que notre fatigue pourrait nous donner un regard un peu blasé, cet endroit continue de nous stupéfier. On voit aussi ici des œuvres très inusitées pour une foire d’art contemporain: des installations gigantesques avec des tapis roulants, un ancienne chambre forte transformée en crypte, des spectacles de sons et lumières et parmi tout ça, une galerie spécialisée en pin-ups des années 50 et 60. Déroutant, mais génial.

-Troisième journée-

Chelsea. Il est difficile de décrire ce quartier où se trouve un ensemble de galeries, tant il est disparate et vaste. Ce quartier fut jadis le lieu d’entrepôts portuaires et s’étale sur une dizaine de rues. Il contient le meilleur des oeuvres à voir, dans des lieux à couper le souffle qui leur rendent un juste tribut. Autant de galeries (on en compte plus de deux cents cinquante!) ne nous donne pas la possibilité de tout voir; on s’épuise alors à visiter les plus prestigieuses.

Après cette fin de matinée fort exigeante, nous nous attaquons à VOLTA NY 2015 qui occupe le quai 90, adjacent au Armory show. VOLTA est une foire sophistiquée et avant-gardiste, où chaque galeriste ne présente qu’un seul artiste. Cependant, l’utilisation des kiosques ne rend pas justice aux oeuvres présentées et certaines oeuvres aurait mérité l’intervention d’un commissaire.

Au point où nous en sommes dans nos tribulations, nos esprits flanchent. Ma mémoire vacille sous le poids des choses vues, bien que nous soyons encore surpris par ce que nous voyons. C’est une bien bonne idée de documenter les œuvres qui nous intéressent; cela nous permettra de les revisiter et de les remettre en contexte ultérieurement.

-Quatrième journée-

Il se passe un phénomène étrange en cette quatrième journée à Manhattan: nous commençons  à nous sentir chez nous. Il faut dire que le dimanche, cette ville est beaucoup plus tranquille. Elle a des airs montréalais, d’autant plus que c’est la journée où nous rencontrons les galeristes Québecois à la foire SCOPE. L’endroit est simple et très convivial. Lors de cette visite, nous continuons de nous faire surprendre par de belles découvertes, entre autre par la galerie québecoise COA qui représente Sandra Chevrier et Spazuk. La première artiste peint des visages intégrant des collages de BD de super héros et le second artiste utilise une technique à la chandelle pour faire de la figuration à la suie. La galerie LeRoyer est aussi du rendez-vous avec les tableaux des peintres Yoakim Bélanger, Lyle Owerko et Stikki Peaches. Le contact avec les galeristes est très cordial. Nous avons affaire à de réels passionnés qui parlent de « leurs artistes » avec conviction et n’hésitent pas à émettre leurs opinions sur l’art et ses controverses. Ils nous questionnent sur les autres foires que nous avons vues afin de se mettre au parfum. Évidemment, tout le monde veut être au bon endroit pour faire des affaires.

En conclusion, pour ceux et celles qui veulent prendre le pouls de la démesure du milieu de l’art contemporain, New-York est la destination. Nous croyons que tous les enseignants en art, artistes ou aspirant artistes devraient aller dans ces « artshows » pour mieux saisir l’importance que revêt le milieu de l’art dans le monde. Nous croyons que les programmes d’université et de cégeps devraient rendre obligatoires la visite de ces foires à leurs étudiants, ce qui contribuerait à enrichir leur perception du marché de l’art et déboulonnerait le mythe de l’artiste dans le vacuum pur de la démarche de création

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